Les secteurs

Les services à la personne cherchent un second souffle

04.12.2012, source : Les Echos.fr

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Le secteur ne s’avère pas l’eldorado espéré pour les entreprises. Celles-ci ne pèsent que 8 % du marché.

Quelques jours après le Salon des services à la personne à Paris, le secteur vit une semaine agitée. Lundi, l’Assemblée nationale a voté l’article 15 du projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS), qui supprime le régime de cotisation au forfait, renchérissant le coût de ces services pour les particuliers.

Les entreprises positionnées sur ces prestations ont immédiatement réagi : « Le travail légal va perdre toute compétitivité par rapport au noir, entraînant une perte au final pour l’Etat  », a déclaré Maxime Aiach, fondateur d’Acadomia et président de la FESP, Fédération du service aux particuliers, qui regroupe ces entreprises. « Cette décision va pousser 60.000 à 80.000 personnes vers le travail au noir et la précarité, et conduire les particuliers employeurs à baisser les salaires du personnel de maison alors qu’on se bat pour revaloriser ce métier  », renchérit Charles Dauman, directeur général de Shiva.

L’impact de cette mesure, qui devrait être approuvée par le Sénat, est difficile à évaluer dans ce secteur très hétérogène. Les services à la personne emploient 1,8 million de travailleurs. Assistantes maternelles, auxiliaires de vie, femmes de ménage forment 93 % du bataillon. Les 7 % restants regroupent des professionnels divers, principalement des enseignants aux tarifs plus élevés, risquant donc de faire davantage les frais des changements législatifs.

« Une perpétuelle instabilité fiscale  »

Une chose est certaine : sur les 900 millions d’heures rémunérées par le secteur en 2011, 56 % le sont par des particuliers sans intermédiation, 36 % par des organismes publics et des associations, et seulement 8 % par les entreprises.

« La réalité, longtemps cachée par un discours sur l’eldorado et la création d’emploi, se fait jour : les services à la personne représentent un marché conséquent en volume, mais petit financièrement  », observe Bruno Leresche, président de Cnikel. com, une plate-forme de mise en relation employés-employeurs sur le Web, dans le giron de Cardif, filiale de BNP Paribas. « Il n’y a pas de gains de productivité liés à leur déploiement géographique, et les marges sont contenues dans un tunnel étroit entre le SMIC et le prix "accepté" par les particuliers. Il n’y a pas de marché pour les entreprises, dont le modèle repose sur des perfusions fiscales et de la franchise : voilà pourquoi aucun des grands opérateurs de services n’y est allé franchement  », poursuit-il. « Notre modèle est tendu mais viable, à la condition de ne pas être dans une perpétuelle instabilité fiscale  », se défend Charles Dauman.

Entreprises et associations peinent à dégager les moyens suffisants pour garantir une progression de salaires et de carrières des salariés. Les associations ont néanmoins l’avantage d’être ancrées dans les régions et tournées vers le secteur porteur de la dépendance. De fait, l’intermédiation, notamment des entreprises, crée peu de vrais emplois à plein-temps et le secteur recherche un nouveau souffle. « Alors que la défiscalisation Borloo profite surtout aux consommateurs les plus aisés, l’Etat, à la recherche de plus de justice sociale, doit recentrer son effort sur les enfants et personnes âgées et organiser des acteurs aux intérêts hétérogènes  », insiste Bruno Leresche.

Martine ROBERT, Les Echos, 29/11/2012

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