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Les seniors dopent la création d'entreprise

17.02.2011, source : Les Echos.fr

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Le nombre de Français de plus de 50 ans qui franchissent le pas a doublé ces dernières années.


Ils seraient près de 100.000 à franchir le pas. Ils n'étaient que 50.000 en 2008, selon l'Insee. Loin de songer à tirer leur révérence, un nombre grandissant de seniors s'élancent dans la création d'entreprise. Le phénomène n'est visiblement pas près de s'arrêter : d'après une étude de l'Agence pour la création d'entreprise (APCE), 17 % des Français de plus de 50 ans envisagent de créer leur société dans un futur proche. Parmi eux, des demandeurs d'emploi (36 % ), mais aussi des salariés (23 % ) ou des personnes sans activité professionnelle (15 % )... « En tout, cela représente un réservoir d'un million de créateurs », estime Sandrine Plana, responsable des études et des statistiques à l'APCE.


Pour une majorité de quinquas (64 % ), l'entrepreunariat est, certes, un moyen d'augmenter leurs revenus. Mais il permet aussi de s'épanouir et de se réaliser (62 % ). A l'image de Geneviève Saint Léger, qui, après son licenciement, en 2009, a fondé « Les Délices d'Alice », une entreprise d'insertion qui propose des services de traiteur : « Je consacre tout mon temps et toute mon énergie à cette entreprise. Mais je n'ai jamais été aussi épanouie professionnellement. C'est une manière de finir en beauté ma carrière », déclare cette ex-formatrice de cinquante-huit ans.


Carnet d'adresses

Car ces tempes grises disposent de nombreux atouts : « Ils ont un carnet d'adresses, une maturité professionnelle, de l'expérience à revendre, plus d'enfants à charge... », soutient Sandrine Plana. Panachant leur expérience et leurs réseaux, la majorité d'entre eux opte pour les services aux entreprises (27 % ). Autres secteurs de prédilection : le commerce de détail (16 % ) et la construction (14 % ).


Cet engouement ne doit cependant pas masquer une autre réalité plus sombre. Malgré une cohorte de mesures destinées à favoriser la diversité dans les entreprises, le taux d'activité des 55-64 ans plafonne, en France, à 38 % . Et parmi les 455.000 « bénéficiaires » d'une rupture conventionnelle, un sur cinq aurait plus de 50 ans. Tandis qu'en 2010, le nombre de personnes de plus de 50 ans en quête d'emploi a bondi de 16,3 %, pour atteindre 523.000 personnes. Parallèlement, les regards peinent à changer : sur les 12.464 dossiers traités par la Halde l'an dernier, 5,5 % émanent de personnes s'estimant victimes de discrimination en raison de leur âge. C'est bien davantage que les réclamations pour discrimination religieuse (2,05 % ).


Retrouver un emploi

Résultat, dans le sillage de la loi sur les retraites, les seniors deviennent patrons pour retrouver une place sur le marché du travail. « Quand je me suis fait licencier, je n'ai même pas pris la peine de chercher un emploi salarié. Je savais que mes recherches resteraient lettre morte. J'ai immédiatement pensé à reprendre une entreprise », raconte Edouard Balédent, cinquante-deux ans, aujourd'hui à la tête de VMM, une petite entreprise de menuiserie installée à Tarbes.


Toutefois, avec la création d'entreprise, toutes les barrières liées à l'âge ne sont pas levées. L'absence d'un capital de départ à investir reste un frein pour plus d'un senior sur deux (51 % ). Une petite moitié des seniors créateurs d'entreprise utilisent leurs seules ressources - soit, en moyenne, 8.000 euros. Enfin, l'accès au crédit bancaire est moins répandu pour ces populations : seuls 28 % d'entre eux bénéficieraient d'un emprunt bancaire (contre 38 % des autres créateurs).


VALÉRIE FROGER, Les Echos, 15.02.2011
 

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