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Les salariés ne voient pas l'intérêt d'avoir des syndicats dans les TPE

14.11.2009, source : Les Echos.fr

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Une majorité de salariés ne sont pas favorables à la création d'institutions représentatives du personnel dans les entreprises de moins de dix salariés, selon une enquête Fiducial publiée hier. Les dirigeants de TPE sont critiques envers les organisations patronales.
En pleine discussion sur le dialogue social dans les TPE, voilà qui va amener de l'eau au moulin de la CGPME et du Medef, opposés à la création d'institutions représentatives du personnel (IRP) dans ces entreprises de moins de 11 salariés. Selon une étude publiée hier par le cabinet Fiducial, les dirigeants de TPE, à 75 %, et leurs salariés, à 64 %, n'y voient eux non plus pas d'intérêt, estimant que « cela n'améliorerait pas la qualité du dialogue social ». Sur le fond, les 1.300 salariés interrogés jugent inutile de créer un intermédiaire entre le patron et eux : 80 % affirment que le dialogue informel qui fait leur quotidien est déjà « de bonne qualité » et 59 % jugent que l'introduction d'IRP ferait surtout « perdre du temps » dans la résolution des conflits. L'étude révèle qu'on ne compte que 9 % de TPE où un salarié joue aujourd'hui le rôle de « » des autres, signe qu'une relation directe et individuelle avec le dirigeant reste la norme.
Un bémol vient nuancer la réticence des salariés : un sur deux pressent que la création d'une IRP serait à même d'améliorer ses droits. La contradiction entre ce sentiment et leurs doutes par ailleurs témoigne de leur méconnaissance des enjeux et de leur méfiance vis-à-vis des syndicats. L'étude pointe ainsi que moins d'un salarié sur trois (33 % pour la CFDT, 30 % pour FO, 28 % pour la CGT) leur fait confiance pour les défendre. Si des accords devaient être signés dans leur entreprise, les salariés préféreraient dès lors procéder par référendum (58 % ) plutôt que passer par un représentant du personnel interne (21 % ) ou extérieur à l'entreprise (20 % ).


Un désaveu cinglant

La défiance est aussi de mise chez les 1.000 petits patrons sondés. Ils ne sont que 31 % à estimer que les organisations patronales sont représentatives et 25 % à considérer qu'elles prennent assez en compte les attentes des TPE. C'est un désaveu cinglant : ces taux chutent de 11 points par rapport à ceux mesurés en 2007. « En 2007, les TPE étaient au coeur des discours de campagne présidentielle. Depuis, leurs dirigeants déchantent », analyse Fiducial. La cote de satisfaction vis-à-vis du Medef recule à 35 % (- 5 points en deux ans), celles de l'UPA et de la CGPME tombent à 20 % (- 6 et - 7 points). Dans ce contexte, aucune des pistes à l'étude par les partenaires sociaux pour formaliser le dialogue social ne trouve grâce aux yeux des dirigeants. Ils rejettent à 71 % la création d'IRP interentreprises, les jugeant trop intrusives, et s'opposent à 66 % à l'abaissement de 11 à 6 salariés du seuil de désignation d'un délégué du personnel.
Le ministère du Travail menace les partenaires sociaux de reprendre la main si leur discussion sur le dialogue social dans les TPE - elle reprendra le 25 novembre - ne débouche pas rapidement sur une négociation. Pour lui, la véritable urgence est toutefois d'instaurer une mesure de la représentativité syndicale dans les TPE afin que la réforme d'août 2008 ne tombe pas sous le coup de l'inconstitutionnalité. C'est pourquoi il reste encore flou sur sa volonté ou non d'instaurer des IRP.

DEREK PERROTTE, Les Echos le 13/11/09
 

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