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Les PME françaises ont enfin leur Bourse

26.05.2013, source : Les Echos.fr

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L’opérateur de la Bourse de Paris a porté sur les fonts baptismaux EnterNext, sa nouvelle place de marché dédiée.
L’objectif annoncé : faire revenir les PME et ETI vers la cote en introduisant plus de 80 entreprises par an d’ici à trois ans.

Attendu de longue date - quinze mois se sont écoulés depuis la publication du rapport Rameix- Giami -, le dispositif de Nyse Euronext dédié aux PME et aux ETI (entreprises de taille intermédiaire), baptisé « EnterNext », est enfin opérationnel. « La peinture est encore fraîche », ironise un des participants à la réunion de lancement à laquelle assistaient quelque 150 acteurs de la place. De fait, il était trop tôt pour annoncer le nom du président directeur général de cette nouvelle filiale. « Il vient d’être recruté en externe et son nom sera communiqué dès l’achèvement de son mandat actuel », assure Nyse Euronext. De même, le détail de l’affectation des ressources financières et humaines allouées à la nouvelle entité ne sera connu qu’après le premier conseil d’administration, prévu fin juin début juillet.

Qu’est-ce qu’EnterNext ?

Loin de la « Bourse de l’entreprise » imaginée par le Comité d’orientation stratégique (COS) de Nyse Euronext l’année dernière, EnterNext se présente comme le bras armé de la Bourse transatlantique pour tout ce qui concerne les PME et les ETI. « Elle est chargée d’aider les PME et ETI à lever plus de capitaux sur les marchés, quelle qu’en soit la source », précise Dominique Cerutti, le président du directoire d’Euronext. Autrement dit, elle a pour mission de concevoir et de promouvoir (notamment en régions) l’ensemble des produits et services destinés aux PME et ETI, y compris les outils de financement autres que les actions (offre obligataire IBO, fonds). Regroupant les 750 entreprises cotées sur le marché réglementé et sur Alternext, elle couvre l’ensemble des sociétés dont la capitalisation boursière est inférieure à 1 milliard d’euros (segments B et C du marché réglementé). L’objectif est d’admettre à la cote plus de 80 entreprises par an d’ici trois ans et de porter les capitaux levés par les PME et ETI (sur les marchés primaire et secondaire) à près de 12 milliards d’euros sur les trois prochaines années.


Quels sont ses moyens ?

Comme prévu depuis décembre dernier, les frais de transfert ont été abaissés de 50 % et les frais de cotation de 10 %. Conformément à ce qui avait alors été annoncé, Nyse Euronext a alloué un budget annuel de 18 millions d’euros à EnterNext. Cela représente 15 % de plus (à peine 3 millions d’euros supplémentaires) que ce qu’elle a dépensé l’année dernière pour les PME et ETI. En fait, la principale nouveauté est le déploiement d’une force commerciale au plus près des entreprises. Les deux tiers de l’effectif (16 personnes aujourd’hui, 20 personnes à court terme) seront affectés en régions, notamment à Lyon, Marseille, Nantes, Bordeaux et bientôt Strasbourg, indique Dominique Cerutti. « Cela ressemble fort au redéploiement des forces commerciales que l’opérateur boursier a détricotées il y a quatre ans », observe un investisseur.


Peut-on envisager une ouverture du capital ?

Cette option était favorisée par la place qui souhaitait que davantage de poids soit donné aux utilisateurs de la structure. Elle a toutefois été rapidement écartée dès la fin de l’année dernière avec l’annonce de l’acquisition de Nyse Euronext par Intercontinental Exchange (ICE). Ce dernier souhaitant se séparer d’Euronext par une introduction en Bourse, il n’aurait toutefois pas été raisonnable de diviser la structure en deux avant l’opération, prévue pour le premier semestre 2014. Après, en revanche, Euronext ne serait pas totalement fermé à une ouverture du capital d’EnterNext.


Quelle en sera la gouvernance ?

Pour donner du poids aux différents acteurs du marché, EnterNext a été doté d’une gouvernance ouverte. Sept des quinze membres du conseil d’administration sont des administrateurs indépendants. « Ils n’ont pas la majorité, mais il faut espérer que, au-delà de donner un simple avis d’expert, ils réussiront à faire entendre leur voix », souligne un observateur. Parmi ces sept administrateurs externes qualifiés, figurent Louis Godron, le président de l’AFIC, Jean-?François Roubaud, le président de la CGPME, Sophie Langlois, la directrice générale déléguée de BIL Finance et Charles Beigbeder, le président de Gravitation, ainsi que Jorge Freire Cardoso, le PDG de Caixa Banco de Investimento1, un expert du financement local au Portugal, Koen Dejonckheere, le pdg de Gimv et Chris van Schuppen, le responsable des marchés actions chez ABN AMRO.

Sophie ROLLAND, Les Echos, 24/05/2013

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