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Les pièces automobiles d'occasion, un secteur en danger

21.10.2012, source : Les Echos.fr

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Le 25 juillet dernier, Jean-Pierre Labonne a fait un bond sur sa chaise en entendant Arnaud Montebourg développer l’un des volets du plan automobile. « L’Etat doit promouvoir une approche ambitieuse pour l’industrie française de la déconstruction et du recyclage », avait déclaré le ministre du Redressement productif. « La filière existe déjà », rappelle le nouveau directeur général de Caréco, premier réseau français de pièces automobiles d’occasion. « Il y a aujourd’hui 1.500 sites en France, dont probablement 30 % vont disparaître d’ici à 2015 faute d’être en capacité de réaliser les investissements pour se mettre en conformité avec la nouvelle réglementation environnementale européenne », précise le dirigeant.

Le marché, très atomisé, peu valorisé et peu concerné par les derniers développements sur une possible libéralisation de la réparation automobile, est oublié. Ou mal identifié : on évoque le merveilleux « Max et les Ferrailleurs » de Claude Sautet pour introduire le sujet. Une hérésie. Il veut en finir avec l’image des casses automobiles. « Nous ne cassons jamais de voitures ! Nous les dépolluons et les démontons. Ce sont les broyeurs qui les cassent », précise Jean-Pierre Labonne, dont la nomination a été officialisée le 11 septembre, jour de la remise du rapport Sartorius sur la situation de PSA Peugeot Citroën. La « démolition » est un peu une usine automobile à l’envers : on dépollue - on vide les fluides et les liquides -, on démonte et on désassemble pour aller chercher les matériaux recyclables. Résultat : 5 % de pièces d’occasion à vendre (réemploi), 75 % de recyclage de matières (cuivre, acier...), de 4 % à 5 % d’éléments destinés à la valorisation énergétique et de 15 % à 16 % affectés à l’élimination, en clair mis en décharge... Un taux qui devra tomber à 5 % en 2015, selon une directive européenne.

« Cinq idées nouvelles par jour »

De quoi motiver Jean-Pierre Labonne dans ses nouvelles fonctions, alors que Caréco se veut une « vitrine pour le métier ». Il y avait déjà créé une cellule R&D et lancé le concept d’Atelier 99 (objectif : 99 % du poids du véhicule recyclé) lorsqu’il était consultant ; il va continuer sur sa lancée. « Il a cinq idées nouvelles par jour », lâche l’un de ses collaborateurs. Pour l’heure, lui qui a été administrateur de l’entreprise d’insertion Juratri songe à développer la sous-traitance du désassemblage à l’insertion.

Longtemps, Jean-Pierre Labonne a appartenu à autre univers... Plus de vingt-cinq ans chez le géant Derichebourg. Bac en poche, il avait suivi un cursus de robotique au CNAM, et avait fini par devenir directeur général délégué du leader français du recyclage des métaux. Il est passé par tous les échelons et tous les postes, et s’est formé au management au Centre des jeunes dirigeants. Très impliqué au sein du Groupe de recherche économique et sociale (GRES), cet homme d’équipe a travaillé sur la thématique du « bonheur dans l’entreprise ». Une expérience encore vive, qui lui a laissé le goût des livres - il en consomme au moins deux par semaine, de préférence dans les trains -et le souvenir d’une nuit de débats avec le philosophe Robert Misrahi.

« Les gens qui ne sont pas heureux dans leur travail, ça me désole », confie-t-il. Lui a trouvé sa martingale ; il n’hésite pas à travailler chez lui, non loin de Bazas, au coeur des Landes de Gascogne. Bisontin d’origine - il en a gardé l’accent franc-comtois -, cet amateur de grands bordeaux s’est installé là il y a plusieurs années pour réaliser son « rêve de gosse » : une grande maison, où famille et amis peuvent se retrouver.

Valérie LANDRIEU, Les Echos, 17/10/2012

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