Les secteurs

Les pharmacies d'officine ne sont plus épargnées par les faillites

01.12.2010, source : Les Echos.fr

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Les officines de l'Hexagone ont de plus en plus de difficultés de trésorerie. Sont notamment en cause la baisse des prix des médicaments, le recul des volumes et la concurrence des parapharmacies.


C'est la faute à Flaubert. En dépeignant le pharmacien Homais en bourgeois imbu de sa condition sociale qui fait peindre son nom en lettres d'or sur sa devanture, l'écrivain a sans doute contribué à faire assimiler durablement le titulaire d'officine au notable nanti.


La réalité de la profession est aujourd'hui plus nuancée. Nombre de pharmaciens gagnent encore très bien leur vie. Mais, globalement, la rentabilité recule. « Entre 2005 et 2009, les officines ont perdu 1,5 % de marge, soit une baisse de 270 millions d'euros de leur chiffre d'affaires », selon l'Union des syndicats de pharmaciens d'officine. Qui précise que « 49 % des officinaux sont dans le rouge à la banque ».


Autre signe négatif : les faillites se multiplient. De 29 en 2005, le nombre de défaillances (redressement judiciaire, liquidation ou sauvegarde) est monté à 97 l'an dernier, selon les chiffres du cabinet Altares. Et il a déjà atteint 92 sur les dix premiers mois de l'année. « Comme les architectes et les avocats, les pharmaciens font partie des professions dont on ne pouvait pas soupçonner les difficultés. La loi de sauvegarde en vigueur depuis le 1er janvier 2006 permet de les considérer comme des entreprises classiques. Elles peuvent établir un moratoire de paiement avec leurs créanciers et poursuivre leur activité », détaille Thierry Millon, directeur des études d'Altares.


« Tous domaines confondus, c'est le secteur dont les défaillances ont augmenté le plus fortement, avec une hausse de 24 % sur les douze mois à fin octobre », confirme Romain Boldi, de la Coface.


Les difficultés de trésorerie tiennent notamment au tiers payant. Pour fidéliser leur clientèle, tous les pharmaciens proposent à leurs clients cette possibilité de ne pas avancer d'argent lors de l'achat de médicaments remboursés. Au final, ils doivent régler leurs fournisseurs avant d'avoir eux-mêmes été payés par la Sécurité sociale et les mutuelles.


Les génériques moins lucratifs

« La situation s'est dégradée depuis dix-huit mois. Nous le constatons avec l'augmentation de 25 % des impayés. Je n'avais jamais vu ça », témoigne Yves Kérouedan, directeur général d'Astera, un répartiteur qui détient 17 % du marché français.


Les pharmaciens souffrent aussi des baisses de prix des médicaments régulièrement imposées par les pouvoirs publics pour résorber le déficit de l'assurance-maladie. « A cette baisse de prix s'ajoute un recul des volumes, car les médecins sont incités à prescrire moins via les contrats d'amélioration des pratiques individuelles. Les deux phénomènes conjugués entraînent logiquement une diminution des ventes de médicaments qu'il n'est plus possible de compenser par la parapharmacie, trop concurrentielle », indique Isabelle Adenot, présidente du Conseil national de l'Ordre des pharmaciens. La concurrence n'épargne d'ailleurs pas les médicaments vendus sur ordonnance non remboursés, comme les pilules contraceptives ou les traitements du paludisme.


Dans le secteur de la parapharmacie, le titulaire d'officine doit même se battre sur deux fronts : contre des enseignes telles que Parashop ou Leclerc, mais aussi contre ses confrères, qui auront sacrifié leurs marges pour « attirer des ordonnances », la vente de médicaments de prescription représentant encore 80 % de l'activité.


Quant aux génériques, rentables pendant longtemps, ils sont de moins en moins lucratifs. « Il y a quelques années, nous pouvions obtenir 50 % de remise de la part des génériqueurs. Aujourd'hui, la remise est bloquée à 17 %. La crise aidant, nos marges globales sont tombées à 27 %, contre 33 % il y a cinq ou dix ans. La seule solution est de se regrouper entre confrères pour obtenir des conditions d'achats intéressantes », explique une pharmacienne de Toulouse.


Face à ces difficultés, les syndicats de pharmaciens ont interpellé les pouvoirs publics, demandant un meilleur arbitrage entre les laboratoires et les officines. « Nos difficultés ont été reconnues, mais la réponse du gouvernement reste insuffisante », regrette Philippe Besset, de la Fédération des syndicats pharmaceutiques de France.


LAURENCE BOLLACK, Les Echos, 29.11.2010

Une profession qui vieillit
La France comptait 23.133 officines en 2009 (dont 22.386 en métropole), en baisse par rapport aux 23.206 de l'exercice antérieur. L'an dernier, 234 officines ont changé de mains. « L'effectif global des pharmaciens stagne. Seul le nombre de pharmaciens hospitaliers et adjoints d'officine augmente. En dépit de signes encourageants sur les tranches les plus jeunes, le vieillissement de la population pharmaceutique n'est pas encore enrayé », constate l'Ordre des pharmaciens. Il existe en moyenne une pharmacie pour 2.849 habitants.

 

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