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Les immigrés créent chaque année 24.000 entreprises

09.12.2009, source : Les Echos.fr

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Une étude de l'APCE et de l'Acsé pointe les difficultés rencontrées par les entreprises créées par des personnes issues de l'immigration n'appartenant pas à l'Union européenne.

Depuis plusieurs mois, la création d'entreprise bat record sur record, notamment grâce à l'engouement pour le statut d'auto-entrepreneur. Sur les dix premiers mois de l'année, 425 700 entreprises nouvelles ont vu le jour, soit une envolée de 65 % par rapport à la même période de 2008. Rendue publique hier, une étude conjointe du ministère de l'Immigration, de l'APCE (Agence pour la création d'entreprise) et de l'Acsé (Agence nationale pour la cohésion sociale et l'égalité des chances) apporter un éclairage nouveau sur une population particulière de créateurs : ceux appartenant aux populations migrantes, issus de la diversité ou des quartiers et qui ne sont pas originaires de l'Union européenne. Une population loin d'être anecdotique. Chaque année, un peu moins de 10 % des créateurs recensés dans l'Hexagone (7,3 % sur la base des chiffres 2007) sont issus de l'immigration ne provenant pas de l'Union européenne. Ils permettent la naissance d'environ 24.000 entreprises par an.


Discriminations et préjugés.

L'enquête, qui s'est appuyée sur l'audition de plus de 70 professionnels des réseaux d'accompagnement, permet de pointer les difficultés qu'ils rencontrent. Conduisant ainsi les auteurs à dresser indirectement un tableau des discriminations qui existent. Ainsi, seulement un quart (27 % ) de ces créateurs bénéficient d'un prêt bancaire, soit nettement moins que pour les créateurs d'origine française (38 % ). Et 19 % disent avoir du mal à obtenir un financement auprès de leur banquier, voire même à simplement ouvrir un compte. Parmi les raisons évoquées figurent notamment la persistance des clichés qui fait que « par exemple un porteur de projet souhaitant un prêt pour ouvrir un restaurant rapide de type kebab est encore parfois immédiatement soupçonné d'activité illégale », et notamment de blanchiment d'argent.

Conséquence logique : ces entrepreneurs privilégient en premier lieu des secteurs qui ne demandent pas une mise de fonds trop importante. Mais, affirment les auteurs, « ils se diversifient et investissent aujourd'hui tous les secteurs économiques : informatique, bien-être, transport, service à la personne ou aux entreprises. » Et si, comme le dénonce l'étude, « les pratiques discriminatoires, bien qu'illégales, restent malheureusement dans certains cas une réalité » dans le monde du travail, cet état de fait incite certains à se tourner vers la création d'entreprises : « Le chômage, l'inactivité et la précarité agissent comme des facteurs déclencheurs […]. L'entrepreuneuriat apparaît comme un antidote pour contourner ces difficultés ».


C. F., Les Echos, 08/12/2009

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