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Les géants des biens de consommation ont réussi à augmenter leurs prix malgré la crise

17.08.2012, source : Les Echos.fr

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En dépit de la crise économique européenne et de la hausse du prix de certaines matières premières, Nestlé, Danone, Unilever et Procter & Gamble sont parvenus à maintenir leur croissance, grâce à des hausses de prix et au dynamisme des marchés émergents.

Les géants de la consommation ont réussi à jongler avec les prix. Leur capacité à répercuter sur les consommateurs la hausse des prix des matières premières s’est encore vérifiée, hier, avec les résultats semestriels meilleurs qu’attendu de Nestlé. En dépit de la crise européenne et de l’envolée du prix des céréales et du sucre, le numéro un mondial de l’agroalimentaire a augmenté son chiffre d’affaires de 6,6 %, à 44,1 milliards de francs suisses (36,7 milliards d’euros) et son bénéfice opérationnel courant de 6,3 %, à 6,6 milliards (5,4 milliards d’euros).

Fin juillet, Unilever et Danone avaient déjà fait la preuve de la capacité de résistance du secteur, en annonçant des ventes en hausse de 7 % pour le premier et de 5,9 % pour le deuxième, ainsi que des profits en hausse. Tous trois ont également confirmé des objectifs de croissance de l’ordre de 5 % à 7 % pour l’année 2012, Nestlé tablant même sur une amélioration de leur rentabilité au second semestre.

Même Procter & Gamble, qui avait révisé à la baisse ses prévisions pour le dernier trimestre de son exercice 2011-2012 (avril-juin), mise sur une croissance organique de ses ventes de 3 % à 4 % pour son exercice en cours et de 2 % à 3 % pour le trimestre en cours.

Les quatre multinationales ont en commun d’avoir réussi à augmenter leurs prix depuis le début de l’année, de façon à absorber la hausse des matières premières, sans que ces hausses de prix n’impactent trop la consommation. Chez Nestlé, plus de la moitié de la hausse du chiffre d’affaires découle d’une augmentation moyenne des prix de 3,7 % au premier semestre. Chiffre identique chez Danone. La hausse moyenne atteint même 4,1 % chez Unilever et 4 % chez Procter & Gamble.


Morosité européenne

Cependant, c’est avant tout grâce au dynamisme des marchés émergents que ces hausses de prix ont pu passer sans casser la croissance. Car sur les marchés traditionnels d’Amérique du Nord et d’Europe, l’augmentation des prix s’est accompagnée d’une croissance réelle des ventes nulle. Chez Nestlé, la croissance réelle, hors hausse des prix, est ainsi de 0,1 % en Europe et de - 0,1 % sur la zone Amériques, contre 8 % pour les zones Asie-Pacifique et Afrique, qui pèsent désormais plus lourd que l’Europe dans le chiffre d’affaires. Même constat chez Danone, où les ventes en volume ont reculé de 2,8 % sur un an en Europe et progressé de 14,2 % en Asie. Ou encore chez Unilever, dont les ventes stagnent en Europe, quand elles grimpent de 11 % sur les marchés émergents d’Asie et d’Afrique. Quant à Procter & Gamble, son PDG explique sa relative contre-performance, par rapport à ses concurrents, par des parts de marché encore trop faibles sur les marchés émergents.

Reste à savoir si l’élasticité tarifaire des pays émergents compensera encore longtemps la morosité européenne. En Chine plus encore qu’en Europe, l’augmentation des prix des produits alimentaires est devenue la préoccupation principale de la population, montrant ainsi les limites du système.

En revanche, la hausse des prix des produits agricoles, dictée par les aléas climatiques et la spéculation, ne semble pas s’essouffler. D’après l’indice FAO des Nations unies, les cours du maïs et du blé ont grimpé respectivement de 23 % et 19 % en juillet. De quoi augmenter la pression sur les grands groupes de consommation dans les mois à venir.

Bruno TRÉVIDIC, Les Echos, 10/08/2012

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