Les secteurs

Les entreprises réduisent leurs délais de paiement, l'Etat rallonge les siens

04.05.2011, source : Les Echos.fr

imprimer

La tendance à la baisse des délais de paiement, enclenchée depuis quelques années, s'est accélérée sous l'impulsion de la loi de modernisation de l'économie. L'Etat et quelques grandes entreprises sont toutefois montrés du doigt.


« Un résultat remarquable ». En remettant hier au secrétaire d'Etat chargé du Commerce et des PME, Frédéric Lefebvre, le rapport de l'Observatoire des délais de paiement qu'il préside, l'économiste Jean-Hervé Lorenzi a accordé un franc satisfecit à la loi de modernisation de l'économie (LME). Votée en 2008, celle-ci fixait à 60 jours la limite maximale pour les délais de paiement. Une disposition dont l'observatoire avait pour mission cette année d'évaluer l'impact.


Selon le rapport, la tendance à la baisse, amorcée depuis plusieurs années, s'est accélérée en 2008 et 2009. La moyenne des délais clients et fournisseurs a reculé de 2,5 jours en 2009, d'après les statistiques les plus récentes de la Banque de France. En dix ans, la proportion des entreprises qui règlent ou sont elles-mêmes réglées dans un délai inférieur ou égal à 60 jours a augmenté de 15 points, pour dépasser les 60 % en 2009.


Abus du côté des grands groupes

Et le mouvement s'est poursuivi en 2010 : d'après une étude de l'Association française des « credit managers » et conseils menée en décembre dernier, 64 % des entreprises continuent de percevoir une baisse des délais clients. Fort de cette amélioration, l'observatoire préconise de ne pas prolonger au-delà de 2012 les 39 accords dérogatoires à la LME, qui couvrent 20 % de l'économie (bâtiment, bricolage, textile-habillement, etc.). Subsisteraient alors quelques difficultés très ponctuelles, dans les entreprises à activité très saisonnière notamment, pour lesquelles Frédéric Lefebvre entend réfléchir à « construire des outils de financement et d'accom-pagnement » spécifiques avec Oséo.


Mais le rapport évoque aussi plusieurs « zones d'ombre ». Première d'entre elles, le comportement de l'Etat : après avoir fait beaucoup d'efforts au coeur de la crise (pour soulager la trésorerie des entreprises), l'administration s'est montrée moins vertueuse ces derniers temps. Le délai global de paiement des services de l'Etat a bondi de 20 à 27 jours entre 2009 et 2010, du fait notamment de la mise en place chaotique du système informatique Chorus. Sur ce point, Frédéric Lefebvre a indiqué que l'Etat s'efforcerait de renouer rapidement avec une tendance plus favorable, tout en soulignant que l'administration restait en dessous de la limite de 30 jours fixée par le Code des marchés publics. Les collectivités locales sont elles aussi pointées du doigt, avec des délais qui auraient de nouveau augmenté l'an dernier.


Par ailleurs, même si le rapport enregistre quelques progrès dans les pratiques des groupes de plus de 5 000 salariés, « certaines grandes entreprises semblent encore se situer hors du mouvement d'ensemble », indique le rapport. Ces mauvais payeurs bénéficient ainsi de l'application de la loi LME à leurs clients, tout en augmentant leur trésorerie sur le dos de leurs fournisseurs. Pour mettre un terme à ces abus, l'observatoire préconise le lancement d'une enquête auprès des directeurs financiers du CAC 40, et des anciennes grandes entreprises nationales et de leurs filiales. Une demande que Frédéric Lefebvre s'est engagé à appliquer aux grandes entreprises publiques.


LIONEL STEINMANN, Les Echos, le 4.05.2011

Dernières actualités