Les secteurs

Les entreprises innovantes portent les espoirs de sortie de crise

01.10.2012, source : Les Echos.fr

imprimer

Les PME innovantes sont mieux armées en période de crise. Cependant, elles continuent de rencontrer des difficultés de financement.

Les enquêtes de conjoncture ne cessent de le rabâcher : les PME innovantes sont plus performantes, plus résistantes et plus compétitives que les autres. D’après Oséo, qui surveille leur évolution, près de 9 entreprises innovantes sur 10 sont pérennes à cinq ans alors que, selon l’Insee, ce taux est seulement de 1 sur 2 pour la création d’entreprise dans son ensemble. « Les entreprises innovantes sont organisées et structurées pour faire face à l’inconnu, analyse François Drouin, directeur général d’Oséo. Elles sont à l’écoute des clients, mènent des actions correctives, adaptent leur offre. Elles ne sont pas figées et réagissent mieux aux vagues conjoncturelles. En période de crise, c’est un vrai plus. »

Vif du succès du CIR

Résultat, les chefs d’entreprise privilégient aujourd’hui les investissements liés à l’innovation et délaissent, faute de visibilité, les investissements corporels. Selon un baromètre réalisé par l’Ifop et Grenoble EM en avril dernier, ils sont ainsi 62 % à vouloir augmenter leur effort en R&D. Ce changement de stratégie est stimulé par la multiplication des dispositifs publics en faveur de l’innovation. En dix ans, l’écosystème s’est considérablement amélioré : création des pôles de compétitivité, réforme du crédit impôt recherche (CIR), lancement du statut de la jeune entreprise innovante (JEI)... Depuis 2008, le CIR est devenu la première source de financement public de la R&D, notamment des petites et très petites entreprises, et le nombre de déclarants a augmenté de 60 % en 2010. Les bénéficiaires du dispositif JEI n’ont, pour leur part, cessé de croître depuis sa mise en place. De 1.300 en 2004, les entreprises jouissant de cette mesure sont aujourd’hui plus de 2.600. Enfin, en trois ans, les demandes de brevets des PME ont progressé de 18 % et celles des ETI de 112 %. Ces résultats sont, notamment, la résultante des politiques incitatives menées au cours des dernières années : tarifs réduits des redevances de brevets pour les PME et ETI, prédiagnostics de propriété intellectuelle, actions de sensibilisation et formation.

Pourtant, bien que soutenue fiscalement et mieux accompagnée, l’innovation peine à décoller en France. Les dépenses en R&D ne représentent toujours que 2,2 % du PIB français (contre un objectif affiché de 3 % ) et les dépôts de brevets sont trois fois inférieurs à l’Allemagne. « Les process sont longs et coûteux, et le retour sur investissement n’est pas immédiat. Il faut avoir les reins solides », constate François Drouin d’Oséo. Car c’est parfois un vrai parcours du combattant qui attend les entrepreneurs. Xavier Moisant, cofondateur de Gobilab, une bouteille d’eau écopratique réutilisable, a ainsi dû revoir son planning. « Je pensais qu’en six mois, nous aurions lancé le produit. Au final, il nous a fallu dix-huit mois de conception et de tests pour arriver au produit final », explique l’entrepreneur qui vient de clôturer son premier exercice avec un chiffre d’affaires de 400.000 euros.

Inciter le financement privé

De nombreux freins entravent la vie d’une petite entreprise innovante, à commencer par l’accès au financement. « Elles manquent de fonds propres dans leur phase d’amorçage, constate Jean-Pierre Gérault, vice-président du Comité Richelieu. Il est essentiel de libérer les capacités d’action des investisseurs privés et de développer une vraie culture de "business angels". Il serait judicieux de créer un dispositif fiscal incitatif allant jusqu’à 500.000 euros pour les investisseurs privés ou encore de créer le 1 % innovation pour drainer l’épargne collectée par les institutionnels vers les entreprises. » Parmi les propositions du Comité Richelieu pour soutenir l’innovation figurent la création d’un statut d’entreprise d’innovation et de croissance (EIC) et la volonté de réserver 25 % des commandes publiques aux entreprises innovantes. Un vaste programme, pourtant nécessaire, car l’accès aux marchés reste un handicap pour les PME innovantes. « Les alliances avec les grands groupes, les collectivités et le monde de l’enseignement ne sont pas suffisantes. Aux Etats-Unis, 23 % des marchés publics fédéraux bénéficient aux PME, contre 12 % en France », conclut Jean-Pierre Gérault.

Valérie FROGER, Les Echos, 27/09/2012

Dernières actualités