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Les défaillances d'entreprise resteront à un niveau record en 2010

18.11.2009, source : Les Echos.fr

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Euler Hermes estime que 68.600 entreprises pourraient encore être placées en redressement ou liquidation judiciaire l'an prochain, ce qui marquerait une hausse de 2 % par rapport à un niveau déjà record cette année.
Le retour de la croissance en France au cours des deux derniers trimestres ne veut pas dire que les entreprises sont sorties d'affaire. La reprise s'annonçant lente et fragile, le nombre de défaillances de PME va se maintenir à un niveau record en 2010. L'assureur-crédit Euler Hermes a estimé, hier, que 68.600 entreprises pourraient encore être placées en redressement ou liquidation judiciaire l'an prochain. Du jamais-vu. Un tel nombre marquerait encore une progression de 2 % par rapport à une année 2009 durant laquelle les défaillances auront déjà bondi de 17 % pour atteindre des sommets (avec 67.400 cas anticipés).
Reste que les entreprises hexagonales pourront se consoler en regardant la situation à l'étranger. Dans la zone euro, les défaillances bondiraient encore de 5 % en 2010, après avoir explosé de 46 % cette année. Rien qu'en Allemagne, elles progresseraient encore de 9 %, après une hausse de 15 % en 2009.
Bien qu'historique, la sinistralité aura donc été moins forte en France que dans certains autres pays. Cela s'explique du fait du mode de financement des entreprises. « La part importante de la dette non financière des PME françaises a compensé la restriction bancaire et a permis d'amortir la crise de financement », explique Karine Berger, directrice des études d'Euler Hermes.


La France, un cas atypique

En clair, les PME hexagonales ont tendance à moins recourir au crédit bancaire que d'autres entreprises européennes et se financent davantage auprès de leurs fournisseurs. Elles ont donc été moins exposées quand les banques ont fermé le robinet. La dette bancaire compte pour 11 % du bilan des PME françaises, contre 21 % en Allemagne. Inversement, le crédit fournisseur se situe entre 15 % et 20 % du financement des entreprises hexago­nales, contre 8 % en Allemagne. Par ailleurs, « contrairement aux idées reçues, la part des fonds propres dans l'industrie française n'est pas vraiment plus faible qu'ailleurs en Europe », poursuit Karine Berger.
Pour toutes ces raisons, Euler Hermes explique que la crise économique a été largement plus néfaste que la crise financière pour les entreprises françaises. C'est la chute du chiffre d'affaires et la perte de rentabilité qui en a découlé qui sont à l'origine des défaillances. « La crise bancaire a compté pour moins de 10 % des défaillances car les autres sources de financement (dettes fournisseurs et dettes sociales) ont pris le relais », précise Karine Berger. La France est un cas atypique : selon l'assureur-crédit, les restrictions de financement ont expliqué la moitié des défaillances dans le monde en 2008.
En accordant des délais de paiement plus longs, les entreprises françaises ont pris à leur charge une partie du choc financier, estime donc Euler Hermes. Selon une étude que publie demain Altares, société spécialisée dans l'information sur les entreprises, seules 31,7 % règlent ainsi leurs fournisseurs sans retard (contre 38,5 % en Europe). Le troisième trimestre 2009 marque un tournant puisque les retards de paiement (qui s'ajoutent aux délais légaux) sont remontés à douze jours. Mais ils avaient connu auparavant un long cycle d'amélioration, conséquence de la préparation des entreprises au raccourcissement des délais de paiement imposé par la loi de modernisation de l'économie (LME).
« Après avoir concentré leurs efforts sur la rentrée de cash, et donc l'encaissement au plus tôt des règlements des clients, les entreprises seraient-elles désormais tentées de baisser leur vigilance sur les paiements pour porter toute leur attention sur la reprise et donc le développement commercial ? », s'interroge Thierry Millon, responsable des analyses d'Altares, pour qui « les deux objectifs doivent pourtant être menés de front : vendre et être payé » .

FREDERIC SCHAEFFER, Les Echos le 18/11/09
 

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