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Les automobilistes boudent de plus en plus les garagistes

17.07.2013, source : Les Echos.fr

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Des voitures qui roulent moins, qui sont de plus en plus fiables et moins accidentées, et des prix trop élevés… Autant de tendances qui conduisent petit à petit les automobilistes français à délaisser les garages et autres réseaux de réparation. Les passages en atelier devraient baisser de 9,4 % d’ici à 2016.

D’après une étude publiée par le Conseil national des professions de l’automobile (CNPA), le nombre de visites en atelier devrait baisser de 9,4 % entre 2012 et 2016, pour tomber à 45,16 millions d’opérations. Alors même que, selon les données de l’Autorité de la concurrence, le nombre d’interventions s’était déjà réduit de 15 % entre 2000 et 2010… Quant au chiffre d’affaires généré par les réparations, il devrait baisser de 4,9 % d’ici à 2016, à 28,4 milliards d’euros. « On voit se confirmer un mouvement visible depuis quelques années mais qui devient clairement structurel et non plus conjoncturel. Cela remet en cause notre modèle économique », déplore Eric Baconnier, vice-président du CNPA. De fait, la réparation est traditionnellement le métier le plus rentable des distributeurs, alors même que les ventes de voitures neuves plongent.

Derrière cette évolution se conjuguent plusieurs facteurs. En premier lieu, la baisse du kilométrage moyen effectué chaque année par les automobilistes. Selon le Comité des constructeurs français d’automobiles (CCFA), une voiture diesel a parcouru l’an dernier 14.420 kilomètres en moyenne, contre 17.810 kilomètres en 2002 (voir ci-contre).

Sécurité routière

Ces données ne signifient pas que les Français roulent moins. « Dans le même temps, on constate une augmentation du parc, qui est aujourd’hui de 38 millions de voitures, contre 33 millions en 2000. Au final, le nombre de kilomètres parcourus en voiture par les Français reste stable. Mais chaque voiture est moins utilisée », juge Bénédicte Charvet, de l’Observatoire de la mobilité du Bipe. Et une voiture moins sollicitée va moins à l’atelier…

Autres facteurs : la Sécurité routière, qui, en abaissant les accidents et la vitesse, contribue à ménager les carrosseries ou encore le vieillissement du parc. Même si les années de prime à la casse ont permis de le renouveler en partie, il est tout de même passé d’un âge moyen de 7,3 ans en 2000 à 8,3 ans en 2012. « Lorsque vous avez une vieille voiture qui ne vaut plus grand-chose, vous n’allez pas mettre des centaines d’euros dans sa maintenance », relève Flavien Neuvy, de l’observatoire Cetelem. L’amélioration de la fiabilité des véhicules a également joué, puisqu’elle permet d’espacer les révisions. Selon l’étude, la cadence des pas d’entretien - maintenance recommandée par le constructeur - est passée de 20.000 kilomètres en moyenne en 2002, contre 24.000 en 2012.

La réparation devient un luxe

Plus largement, les Français freinent les réparations pour des questions de budget. Dans un avis publié en octobre, l’Autorité de la concurrence avait pointé l’augmentation des prix du secteur (+ 28 % entre 2000 et 2011) notamment dû, selon l’institution, au manque de concurrence sur les pièces de rechange, propriété des constructeurs.

Premier poste du budget automobile des ménages - lequel représente 12 % de leurs dépenses annuelles, selon l’Insee -, la réparation est devenue un luxe. « Le taux horaire est en rapport avec la prestation, et le prix des pièces est de plus en plus élevé vu leur technologie. Mais il est sûr qu’on est arrivé à la limite d’acceptation des clients », conclut Eric Baconnier. Constructeurs et réseaux vont donc devoir se réinventer s’ils veulent éviter l’hémorragie.

Maxime AMIOT, Les Echos, 12/07/2013

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