Les secteurs

Les artisans et commerçants attendent des gestes du Premier ministre

29.10.2012, source : Les Echos.fr

imprimer

Jean-Marc Ayrault ouvre ce matin le congrès de l’UPA (artisans), alors que la hausse des cotisations des indépendants a été votée par les députés, hier dans la soirée.

Après une journée mouvementée et émaillée de critiques pour Jean-Marc Ayrault (lire page 2), le Premier ministre pourrait aujourd’hui encore être quelque peu bousculé. Le chef du gouvernement a d’ailleurs hésité avant de décider de se rendre au congrès de l’Union professionnelle artisanale. Les 1,2 million d’artisans et commerçants représentés par l’UPA sont doublement mécontents. La conjoncture n’épargne pas le secteur, au contraire : la baisse du chiffre d’affaires atteint 4 % sur le dernier trimestre dans la restauration, 1,5 % dans l’alimentation de proximité.

Surtout, les mesures du budget de la Sécurité sociale qui ont été votées hier dans la soirée à l’Assemblée nationale (déplafonnement des cotisations sociales des indépendants, fin de l’abattement de 10 % pour frais professionnels des gérants majoritaires et soumission des dividendes aux cotisations) sont vécues comme un casus belli par les artisans et tous les travailleurs indépendants. « Le gouvernement agit plus vite qu’il ne pense, s’emporte Patrick Liébus, vice-président de l’UPA. A un moment donné, il faut arrêter de nous promener. » Lors de la discussion parlementaire, le gouvernement a tenu à rappeler que le déplafonnement des cotisations sociales allait certes alourdir les charges payées par plus de 800.000 indépendants (au-delà de 15.000 euros de revenus annuels en particulier) mais qu’elle permettrait aux 486.000 indépendants ayant les revenus les plus faibles de voir leur cotisation baisser de167 euros en moyenne.

Méfiance envers le Medef

Les responsables de l’UPA ont très mal vécu de ne pas avoir été associé aux discussions avec le ministère du Budget. « On nous avait promis lors de la conférence sociale de ne rien faire sans nous consulter. Or, nous avons découvert ces mesures lorsqu’elles ont été présentées en Conseil des ministres », déplore Jean Lardin, président de l’UPA. « On sait qu’il faut trouver des recettes, mais là, on nous les impose », poursuit-il. Au total, les trois mesures doivent rapporter plus de 1 milliard d’euros. L’UPA rétorque que, face à ces nouvelles taxations, certains indépendants vont se replier vers le salariat. Et les recettes seront inférieures.

Le patronat de l’artisanat attend désormais des gestes, notamment sur la compétitivité. « Le gouvernement se préoccupe des grosses PME et des ETI, c’est très bien. Mais il faut aussi tenir compte de notre secteur », avance son président, qui espère une baisse des charges pesant sur le travail d’au moins 20 % dans le cadre du paquet compétitivité.

Autre sujet de préoccupation, la négociation sur la sécurisation de l’emploi. L’UPA, comme la CGPME, craint que le Medef négocie des assouplissements sur les licenciements collectifs avec les syndicats en échange d’une taxation des contrats courts ou de sanctions sur le temps partiel, dont l’artisanat et le petit commerce sont de gros consommateurs.

La précédente prestation de Jean-Marc Ayrault devant une organisation patronale s’est déroulée à l’université du Medef, fin août, avec un certain succès. Mais, aujourd’hui, il va devoir convaincre un auditoire composé d’artisans et de commerçants, dont certaines franges sont davantage promptes à la radicalisation que les grands patrons.

Marie BELLAN, Les Echos, 25/10/2012

Dernières actualités