Le travail au noir atteint des sommets dans la construction

12.08.2014, source : Les Echos.fr

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Au moins une entreprise de BTP sur sept a recours au travail dissimulé. Les très petites entreprises sont les plus touchées, selon une enquête des Urssaf.

Le secteur de la construction a massivement recours au travail illégal. Ce que tout le monde sait, une enquête des Urssaf publiée ce mercredi le prouve, chiffres à l’appui. Près d’une entreprise sur sept (13,7 % ) dans le BTP a recours au travail au noir, soit en ne déclarant pas un employé, soit en dissimulant une partie des heures de travail qu’il effectue. Et 8 % des salariés du secteur sont concernés.C’est le taux le plus élevé de tous les secteurs d’activité. En 2012, une autre enquête avait mis en lumière un taux de recours au travail illégal de 12,3 % dans les hôtels, cafés et restaurants. Il est beaucoup plus faible dans les autres secteurs.

« Les taux de fraude observés constituent vraisemblablement une borne basse de l’ampleur réelle de la fraude, précise l’Acoss, l’organisme qui chapeaute les Urssaf. La détection reste par nature délicate et ne peut être totale. » Car les contrôleurs des Urssaf ne travaillent pas 24 heures sur 24 ! « L’amplitude horaire et journalière des contrôles, par définition limitée, réduit la probabilité de détecter des situations de fraude. » Il est « vraisemblable qu’une partie des travailleurs dissimulés soient présents sur le chantier durant le week-end ou très tôt le matin ».

La fraude est très élevée pour les seniors : 18,5 % des salariés de plus de 60 ans contrôlés sont employés illégalement. Presque tous les métiers de la construction sont frappés, mais le travail au noir est particulièrement fréquent dans la peinture et la vitrerie, où près d’une entreprise sur quatre y a recours. La construction de bâtiments arrive juste derrière (voir graphique). La fraude est au contraire bien moins répandue chez les couvreurs ou les installateurs de réseaux d’eau et d’électricité.

L’Ile-de-France arrive largement en tête : près d’une entreprise contrôlée sur quatre a recours au travail illégal dans la région parisienne. Les régions de l’Est sont en deuxième position (17,9 % des entreprises en Rhône-Alpes, Franche-Comté et Bourgogne), suivies du Grand Sud (Paca, Languedoc-Roussillon, Corse et Midi-Pyrénées). Les régions les plus respectueuses du droit se situent dans l’Ouest (Aquitaine, Poitou-Charentes, Pays de la Loire).

Sous-traitants sous pression

Plus l’entreprise est petite, plus le travail illégal est fréquent. Le taux de fraude n’est que de 4 % pour les entreprises employant plus de 20 salariés. Dès que l’on passe en dessous de 7 salariés, le recours au travail dissimulé explose : il touche 18 % des établissements employant 4 personnes et même un tiers des artisans qui n’ont pas de salariés. « On voit souvent quatre ou cinq niveaux de sous-traitants en dessous du donneur d’ordre, voire plus, explique Eric Aubin (CGT). Mis sous pression par les grands groupes de BTP, les petits sous-traitants sont parfois contraints de recourir au travail illégal s’ils veulent dégager la moindre marge. Pour lutter contre le travail au noir, il faut d’abord limiter cette sous-traitance en cascade qui a explosé depuis vingt ans. » Le recours aux salariés étrangers détachés explique aussi la recrudescence du travail dissimulé, poursuit le syndicaliste : « Le travail détaché favorise le recours à la main-d’œuvre étrangère et beaucoup d’employeurs ne respectent pas les règles. »

Vincent COLLEN, Les Echos, le 30/07/2014.

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