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Le roi du cachemire Eric Bompard prépare sa succession

18.10.2010, source : Les Echos.fr

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Le spécialiste des pulls en cachemire inaugure un nouveau magasin phare à Paris. Son fondateur, Eric Bompard, qui contrôle toujours 73 % du capital, ne compte pas vendre la maison. Il transmet peu à peu les commandes à sa fille.


Après les Champs-Elysées, Eric Bompard, le spécialiste des pulls en cachemire, inaugure aujourd'hui un second « navire amiral » à Paris, rue du Bac, au coeur de Saint-Germain-des-Prés. Dans ce nouveau magasin de 400 mètres carrés, installé dans un ancien bâtiment des douanes classé, Eric Bompard va présenter sur deux étages l'ensemble de sa collection, soit quelque 20.000 pièces. Un changement de dimension. Depuis treize ans, la marque disposait d'un petit magasin dans la même rue, qui sera fermé à terme. Il était le deuxième en termes de chiffre d'affaires derrière celui des Champs-Elysées, ouvert en 2007, dont la superficie est 5 fois supérieure. « Nous ne voulions pas changer d'adresse, car notre clientèle a ses habitudes, relève Eric Bompard, le PDG. Avec cette nouvelle boutique, les ventes de la rue du Bac devraient progresser de 25 % dès la première année. » Le fondateur mise notamment sur la clientèle étrangère, très importante dans ce quartier, qui, jusque-là, hésitait à entrer dans un magasin bondé.


Le développement de l'entreprise se décide désormais en famille. Entrée dans la société il y a six ans, la fille d'Eric Bompard, Lorraine de Gournay (trente-quatre ans), en a pris la direction générale l'an dernier. Très sollicité par des fonds ou des groupes de luxe, le dirigeant, aujourd'hui âgé de soixante-trois ans, a décidé de ne pas vendre sa maison. Ensemble, père et fille se préparent à la succession, sans calendrier défini : « Je l'aide à la manoeuvre, car je ne veux pas lui léguer un cadeau empoisonné. »


Pour l'heure, le fabricant de pulls en cachemire a bien résisté à la crise, mais son développement se fait à petits pas, car il est presque entièrement autofinancé. Les travaux de la rue du Bac ont ainsi nécessité un investissement de 2 millions d'euros.


Ce n'est qu'en 2001 que la société familiale a commencé à distribuer entre 20 % et 30 % de ses résultats, le reste étant réinvesti dans l'entreprise. Cette année, le fabricant de pulls en cachemire vise entre 63 et 65 millions d'euros de chiffre d'affaires, après 55 millions en 2009, soit 500.000 pièces vendues contre 453.000 un an avant.


Vingt-six ans de profit

« Nous avons vingt-six années d'existence et autant de profit, avec tous les ans une croissance à deux chiffres », assure le patron. Eric Bompard n'a pas connu la crise. Sa spécialisation dans le cachemire et la qualité de ses pulls lui ont permis de tirer son épingle du jeu, « sans compter un hiver fabuleux, où il a fait très froid », s'amuse le patron.


Ses modèles sont fabriqués à partir du poil des chèvres du désert de Gobi, en Mongolie, d'où provient 90 % du cachemire mondial. Cette précieuse matière première lui est fournie par le groupe chinois Erdos, l'un des principaux producteurs de cachemire, qui détient 20 % du capital de Bompard - le reste se répartit entre la famille fondatrice (73 % ) et la banque Tarneaud (7 % ). C'est la pureté de la laine lavée, la longueur du poil et son diamètre qui garantissent sa qualité. Les prix des modèles vont de 100 à 450 euros.


L'une des priorités du groupe est de développer ses ventes hors de France, limitées à 8 % du chiffre d'affaires. Sur 37 boutiques en propre, Bompart en compte seulement 8 à l'étranger (Angleterre, Allemagne, Belgique, Suisse…). Une expansion qui avance lentement. « Nous n'ouvrons que quand nous sommes sûrs que le magasin sera rentable. » En 2011, la maison va mettre le cap sur la Scandinavie, avec l'objectif d'ouvrir à terme 5 boutiques dans les capitales d'Europe du Nord. Elle a aussi trois projets en Chine, où elle dispose de deux magasins. « Nous visons une vingtaine de points de vente en Europe à terme, et encore une cinquantaine en France dans les villes de plus de 200.000 habitants », comme Nantes et Rouen, où le groupe est présent depuis septembre, précise le dirigeant. Une nouvelle étape pour la société qui sera franchie avec sa fille aux commandes.

DOMINIQUE CHAPUIS, Les Echos, 14.10.2010
 

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