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Le pressing profite de la loi « anti-perchlo » pour se réinventer

18.02.2014, source : Les Echos.fr

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Les enseignes se convertissent aux procédés les moins polluants et rajeunissent leur offre. Histoire d’un décret qui bouscule un secteur.

La chaîne de pressings Aqualogia va livrer 5 nouveaux magasins d’ici à mars pour muscler son réseau de 64 magasins. L’enseigne Sequoia s’apprête à ouvrir son quarantième magasin. Le petit challenger Baleo, qui a une douzaine de points de vente, prévoit une dizaine d’ouvertures cette année. Des dizaines de commerces indépendants fleurissent par ailleurs dans les centres-villes ou les centres commerciaux, promettant de laver plus vert que vert.

Ces nouveaux acteurs se développent sur le déclin du perchloroéthylène ( « perchlo »), ce solvant cancérigène qui est utilisé depuis longtemps dans les 4 800 pressings français. Par un arrêté de décembre 2012, le ministère de l’Ecologie a interdit depuis mars 2013 l’installation de nouvelles machines au perchlo. En septembre, ce sont les laveuses de plus de 15 ans qui seront interdites d’exploitation.

L’Etat a contribué à donner un coup de pied dans une fourmilière assoupie. « C’est un secteur très éclaté, vieillissant, peu dynamique », enfonce Nicolas de Bronac, le fondateur de Sequoia. Profitant de ce signal adressé au consommateur, les nouveaux acteurs en profitent pour rajeunir l’offre du secteur.

L’argument fait mouche autant auprès des clients que des gestionnaires de pressing. François Fuzfa, le fondateur d’Aqualogia, cite l’exemple d’un établissement de Saint-Didier-au-Mont-d’Or (69), près de Lyon, qu’il va bientôt rénover. Son propriétaire âgé le cède à un jeune repreneur, qui a décidé de le convertir à une technologie propre. « Ce scénario représente jusqu’à 20 % de nos ventes et la tendance s’accélère », assure François Fuzfa. La fondatrice de Baleo, Françoise Roux, explique que l’implantation de pressings verts est également privilégiée dans les nouveaux écoquartiers et bâtiments HQE (haute qualité environnementale).

Aqualogia et Baleo revendiquent les procédés de nettoyage les plus écologiques à base d’eau et de lessives biodégradables. Leur offre repose respectivement sur des machines des fournisseurs Miele et Electrolux. L’Etat a attesté cet avantage en dispensant l’ « aquanettoyage » des autorisations préfectorales des nettoyages à sec aux solvants. « Un entrepreneur peut ouvrir son pressing Aqualogia pour 150 000 euros quand nos concurrents aux solvants exigent 50 000 euros de plus », chiffre François Fuzfa. Pas étonnant qu’un quart des pressings allemands exploitent ce procédé.

L’Institut de recherche sur l’entretien et le nettoyage a néanmoins publié l’an dernier une étude avec l’Ademe qui relativise l’impact de chaque technologie sur 9 indicateurs (écotoxicité, réchauffement climatique, acidification des eaux, etc.). L’aquanettoyage confirme sa supériorité écologique, mais reste dans quatre domaines moins bon que le perchlo. Lequel reste condamné par ses effets sanitaires et son puissant effet de serre. Les nouveaux solvants aux hydrocarbures révèlent aussi une empreinte verte moins forte que ceux au silicone.

Des vêtements préservés

Pas de quoi troubler Sequoia, qui estime à 10 % maximum la part de ses clients attirés par l’écoresponsabilité de son offre. Il compte surtout se démarquer par l’efficacité de ses lavages et une moindre usure des vêtements et de leurs couleurs. Un argument qu’il développe dans le nettoyage professionnel, ayant par exemple décroché le lavage des 50.000 pièces par mois des personnels d’Air France, à Roissy, ou les milliers de tenues des vendeurs de 40 boutiques du groupe Kering.

Devantures plus attractives, accueil plus personnalisé, Nicolas de Bronac assure que ses magasins dégagent de 2 à 3 fois plus de chiffre d’affaires que la moyenne du secteur de 100.000 euros. Ses vendeurs savent notamment sensibiliser les clients à une hygiène plus rigoureuse : « 95 % des clients ne lavent même pas leur couette une fois par an », rappelle-t-il. Baleo, lui, va jusqu’à se présenter comme un institut de beauté du linge. De quoi bousculer tambour battant les milliers de pressings sans âge.

Matthieu QUIRET, Les Echos, le 12/02/2014.

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