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Le nombre de défaillances de « grosses » PME est en forte hausse depuis le début d'année

12.04.2012, source : Les Echos.fr

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Au premier trimestre, 16.206 redressements judiciaires, liquidations et sauvegardes ont été enregistrés, soit 0,3 % de plus qu’il y a un an. Les PME de plus de 50 salariés sont très exposées (+ 27 % ), avec de lourdes menaces sur l’emploi, à l’instar des cas Petroplus ou Caddie.

La France a peut-être échappé à la récession cet hiver, mais cela n’aura pas suffi à faire refluer le nombre de défaillances d’entreprises. Au premier trimestre, 16.206 procédures de redressement judiciaire, de liquidation ou de sauvegarde ont été prononcées par les tribunaux, comptabilise Altares dans un bilan publié aujourd’hui. Un chiffre quasi stable par rapport à la même période de l’an dernier, et bien supérieur à celui d’avant la crise (12.700 défaillances étaient enregistrées au premier trimestre 2008).

« Les tendances observées fin 2011 se confirment », observe Thierry Millon, responsable des études de la société spécialisée dans l’information sur les entreprises. A savoir, un nombre de faillites qui remonte très légèrement (+ 0,3 % ), rompant avec le lent mouvement de reflux amorcé à l’automne 2009. Et surtout une accélération des défaillances de PME de plus de 50 salariés. Certes, celles-ci ne constituent pas le gros des troupes arrivant devant les tribunaux : plus de 9 défaillances sur 10 concernent toujours des microentreprises (moins de 10 salariés), un chiffre comparable à leur poids (en nombre) dans le tissu économique. Mais, avec 123 cas dénombrés, les défaillances de « grosses » PME progressent de 27 % sur un an, signe d’une grande fragilité.

Parmi les cas les plus médiatiques, la raffinerie Petroplus de Petit-Couronne (placée en redressement judiciaire fin janvier et pour laquelle la date limite de dépôt des offres de reprise vient d’être repoussée au 30 avril), le fabricant de chariots de supermarché Caddie, le distributeur Surcouf ou encore le leader tricolore des installations solaires clefs en main pour le résidentiel Evasol.


A court de trésorerie

Les menaces sur l’emploi sont lourdes : l’ensemble des défaillances représente un effectif de 65.200 personnes, en hausse de 16 % comparé à la même période de l’an dernier.


Comment expliquer un tel accès de fièvre chez les PME ? « Le contexte de sortie de crise est souvent révélateur de leurs faiblesses structurelles », répond Thierry Millon. L’essentiel des PME défaillantes étaient en sérieuses difficultés depuis plusieurs années. Elles avaient été portées à bout de bras pendant la crise grâce aux mesures d’accompagnement du plan de relance (délais de paiement de l’impôt et des cotisations). Mais maintenant qu’il faut rembourser ses dettes et faire face à un retour des clients, le roi est nu. « Un tiers des PME défaillantes n’avaient toujours pas publié leur bilan de... 2010, poursuit Thierry Millon. Et l’examen des derniers comptes montre que plus de 40 % d’entre elles n’avaient plus de fonds propres. Au-delà, le manque de cash apparaît aussi de façon manifeste puisque quasiment toutes payaient leurs fournisseurs avec retard. » A la différence de la crise de 2008-2009, ces PME ne chutent donc pas faute d’activité (le carnet de commandes est souvent correct), mais parce qu’elles n’ont plus de trésorerie.

Pénalisée par une faible consommation des ménages, la restauration souffre (avec des défaillances en hausse de 6 % ), tout comme le commerce d’habillement (+ 5 % ) ou de soins à la personne (+ 18 % ). Le transport routier de marchandises aussi est en difficulté (+ 10 % ), confronté à l’envolée du prix de l’essence et à une forte concurrence. Tensions sur les prix des matières premières et durcissement de l’accès au financement : deux difficultés qui risquent de peser durablement sur les PME.


Frédéric SCHAEFFER, Les Echos, 11/04/2012

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