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Le groupe Vivarte engage un bras de fer avec ses créanciers

16.02.2014, source : Les Echos.fr

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Le groupe d’habillement supporte une dette de 2,8 milliards d’euros héritée de sa reprise en LBO en 2007.

Nouveau tournant dans le dossier Vivarte. La direction du groupe d’équipement de la personne (La Halle, André, Naf Naf, etc.) a publié hier un communiqué indiquant qu’elle avait « décidé, en l’état, de reporter tout paiement dû à ses prêteurs au titre de la dette d’acquisition pour assurer une situation de liquidité du groupe satisfaisante ». Cette annonce était faite alors que le même jour se réunissaient à Paris, les actionnaires - les fonds Chaterhouse, Chequers et Sagard - et les 172 détenteurs de la dette d’acquisition de 2,8 milliards d’euros à l’initiative d’Hélène Bourbouloux, administrateur judiciaire réputée, à laquelle a été confié un mandat ad hoc afin de résoudre le problème posé par l’incapacité de Vivarte d’assurer ses échéances.

L’entreprise pilotée par Marc Lelandais se trouve en effet depuis plusieurs mois pénalisée par la baisse du marché de l’équipement de la personne. Son chiffre d’affaires 2013 a diminué de 2 %, à 3 milliards d’euros. Son résultat d’exploitation, 330 millions, suffit certes à couvrir les investissements nécessaires à la rénovation des magasins, le repositionnement de l’offre et, au final, la relance des ventes, mais pas à supporter le poids de la dette d’acquisition.

Une pratique usuelle

Selon un proche de la direction, le gel du paiement de la dette constitue une pratique usuelle en cas d’arbitrage confié à un mandataire. Il permet la poursuite de l’activité en évitant de ponctionner la « réserve de liquidité » de 300 millions d’euros. « Dans un univers ultra-concurrentiel et une consommation en berne le management de Vivarte a fait le choix de protéger sa position de liquidité et ses marges de manoeuvre en privilégiant l’activité opérationnelle et le plan de transformation nécessaire à la compétitivité de ses 16 marques autour de ses 22.000 salariés », indique le communiqué. Vivarte a déjà versé 1,1 milliard d’euros aux détenteurs de sa dette depuis 2007, défend de son côté le groupe dans son communiqué d’hier.

Au sein du pool de créanciers, on dit cependant « digérer » la présentation faite par le groupe hier. Cette décision unilatérale de Vivarte de geler le paiement des intérêts, alors que les négociations viennent à peine de s’ouvrir, pourrait durcir les pourparlers. Ce alors même que 65 % du pool de prêteurs s’étaient dit prêts à attendre un retour à meilleure fortune du groupe. Le changement d’argumentaire de Vivarte par ailleurs surprend aussi certains prêteurs. Il y a quelques semaines, le groupe avançait justement être suffisamment bien engagé vers une reprise pour justifier un moratoire de ses créanciers, alors qu’il estime désormais que le poids de sa dette pourrait le mettre en risque. Des créanciers jugeaient qu’il aurait suffi que les actionnaires de Vivarte fassent l’effort d’injecter du capital ou de relever les intérêts de sa dette pour patienter. Désormais le conflit est ouvert. C’est à Hélène Bourbouloux, nommée comme mandataire ad hoc, qu’il reviendra de concilier les points de vue. Selon nos informations, les discussions pourraient se prolonger jusqu’au printemps.

Dans le dernier dossier délicat qu’elle a traité, celui de la SAUR, numéro trois du traitement des eaux, Helène Bourbouloux avait obtenu que les créanciers échangent de la dette contre du capital et supplantent les actionnaires.


Philippe BERTRAND et Anne DRIF, Les Echos, le 12/02/2014

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