Les secteurs

Le « drive » crée des milliers d'emplois, ne l'étouffons pas ! - A. Mulliez

13.07.2013, source : Les Echos.fr

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Dans une France atone, le secteur du « drive » garantit de nombreuses embauches. Une denrée rare par les temps qui courent. Pour Arnaud Mulliez, le président d’Auchan, « l’obsession de régulation qui nous caractérise menace pourtant ce modèle en plein essor ».

La France aime à cultiver les paradoxes. Et le rapport ambigu qu’elle entretient avec le monde de l’entreprise n’en est pas le moindre exemple. À la fois fière et complexée sur la scène économique internationale, elle s’enorgueillit de ces marques florissantes qui ont su se développer à l’étranger, tout en ne cessant de se lamenter sur la perte (réelle ou fantasmée) de sa puissance. Pourtant, sur son territoire, elle peine à offrir à ces mêmes marques un environnement propice à leur épanouissement. Quand elle ne les bride pas, à force de réglementations et d’incohérences fiscales.

La France peut se targuer de nombreuses réussites entrepreneuriales et l’épopée de la grande distribution en est témoin. L’autre exception française, c’est le développement de l’hypermarché, exporté ensuite à l’étranger, grâce à un modèle qui a rendu accessible à tous produits du quotidien et produits de luxe, simplifié la vie des consommateurs avec une offre « tout sous le même toit » et contribué à développer une industrie agroalimentaire efficace. Aujourd’hui, les créateurs du modèle renouvellent le genre et prouvent ainsi leur agilité en proposant un nouveau service, le « drive ».

Le "drive", une chance pour les territoires

Le « drive », ce n’est pas un service gadget, c’est la réponse à un besoin et un nouveau modèle, devenu consubstantiel au métier de la distribution et dont le succès est en train de s’affirmer, prouvant par là même sa nécessité. Commerce du futur, le « drive » offre une nouvelle qualité de service et de confort aux habitants, dont une partie cherche à se libérer de la contrainte des courses pour mieux profiter de ses loisirs, sans assumer le coût de la livraison. Un régulateur de budget aussi, puisqu’il permet au client de s’en tenir à sa liste de courses.

Avec un chiffre d’affaires, toutes enseignes confondues, à 1,8 milliard d’euros début 2013 et des prévisions à 6 milliards en 2015, c’est un pan de notre économie qui devrait plutôt susciter espoir et optimisme, en cette période de crise. Car un secteur en expansion, c’est un secteur qui crée des emplois… denrée rare, à l’heure actuelle. Au total, près de 5.300 ont été créés par Groupe Auchan pour ses « drives », dont près de 1.500 en 2012. Autant de CDI proposés, sur des métiers très divers et, pour beaucoup, sans condition de diplôme ni d’expérience, qui permettent notamment à des jeunes peu qualifiés d’acquérir des compétences et de s’insérer facilement dans la vie professionnelle. Dans une économie Internet souvent destructrice d’emplois, chaque « drive » est une chance pour son territoire.

Rétablir l’égalité devant l’impôt face aux pure-players e-commerce

Mais c’est compter sans l’obsession de régulation qui caractérise notre pays, et qui menace aujourd’hui ce modèle, en voulant soumettre son développement au droit de l’urbanisme commercial, au motif qu’il créerait du trafic supplémentaire et un engorgement à l’abord des villes. Une simple étude attentive des flux de transport montre que les « drives » permettent au contraire une optimisation des déplacements, puisque la plupart des collectes se fait sur un axe domicile-travail et ne correspond pas à un trajet spécifique. Le « drive » impulse une attractivité nouvelle, redynamise les entrées des villes et vient en complémentarité des autres formes de commerce.

Plus grave encore, soumettre le « drive » au droit de l’urbanisme commercial, c’est lui promettre, après Charybde, Scylla, avec la taxe sur les surfaces commerciales (Tascom). Groupe Auchan a versé 500 millions d’euros en taxes et impôts en France en 2012 (soit environ deux tiers de son résultat net avant impôt et taxes). Une contribution à l’effort national qui fait de lui une entreprise citoyenne et responsable, respectant sa part du contrat social. Mais il est intolérable que cet effort continue à désavantager l’entreprise face à certains concurrents, qui profitent de montages fiscaux et de vides juridiques. Car si les « drives » doivent un jour s’acquitter de la Tascom, alors même qu’ils ne sont pas des surfaces commerciales, quid des entrepôts des autres acteurs de l’Internet, qui continueront à n’être soumis à aucune taxe ? Nous avons déjà laissé entrer le loup dans la bergerie, évitons d’aller plus loin en lui offrant, en guise de dîner, ses concurrents sur un plateau.

La France est aujourd’hui face à un double enjeu : rétablir l’égalité devant l’impôt et mettre fin aux distorsions de concurrence, sous peine d’affaiblir durablement ses entreprises ; renouer avec une façon de légiférer qui vienne avant tout favoriser l’innovation et l’entrepreneuriat, en se gardant de toute régulation castratrice. Ces deux conditions sont fondamentales pour la sortie de crise de la France, car elles sont la garantie que les entreprises françaises maintiendront leurs investissements dans l’Hexagone, sous peine de faire du déclin économique de la France, non plus un fantasme, mais une réalité.

Arnaud MULLIEZ pour Les Echos, 09/07/2013

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