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Labels environnementaux : le paysage brouillé des certificateurs

18.10.2012, source : Les Echos.fr

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Une étude du cabinet Deloitte confirme l’intuition générale : le paysage des labels environnementaux est incompréhensible.

En l’absence d’une définition claire de ce qu’est un immeuble performant ou vert ou durable, les propriétaires s’appuient, pour le qualifier, sur des étiquettes distribuées par des organismes privés. Ces derniers ne certifient pas un ouvrage ni son usage, mais son processus de production. « A ce jour, peut-on lire dans une étude de Deloitte baptisée « Le bâtiment vert par les chiffres, les conséquences de la fragmentation », aucune autorité indépendante ne collecte ni ne traite les informations publiées par ces organismes au plan international. » La planète immobilier d’entreprise est dominée par 5 labels : le britannique Breeam date de 1989, neuf ans plus tard, Leed était lancé par les Américains ; le Casbee japonais date de 2002 ; le français NF BT HQE de 2005 et le plus récent, DGNB, a été mis au point en Allemagne en 2007.

Malgré une origine commune qui consiste à évaluer la prise en compte de considérations environnementales lors de la conception et de la construction d’un ouvrage, ils sont très difficilement comparables entre eux : les données retenues varient, tout comme les indicateurs et les grilles d’analyse de résultats. Les périmètres ne sont pas non plus les mêmes : la catégorie bâtiments tertiaires utilisée par NF BT HQE ne recoupe pas, par exemple, les mêmes immeubles que ceux que Breeam nomme « Non residential buildings ».

Conséquence immédiate, plutôt que de choisir, les investisseurs et les promoteurs cumulent. Un immeubles dans le quartier de la Défense peut être certifié par 3 organismes différents. Sans compter la certification HQE exploitation censée informer sur le fonctionnement du bâtiment. Il arrive qu’elle soit attribuée à des immeubles, moins de six mois après leur livraison et avant même qu’un locataire installé dans les murs puisse vérifier les performances et les économies de charges promises.

Un podium convoité

Devenue un outil de marketing et de communication, la labelisation est incontournable : les investisseurs s’en servent pour comparer leurs immeubles sur le marché international ; les locataires l’utilisent pour justifier leurs choix d’implantation auprès de leurs actionnaires ; les aménageurs enfin peuvent revendiquer le statut de « durable » lorsque leur quartier est occupé par des immeubles réputés verts. Les chiffres de l’Etude Deloitte sur le nombre d’immeubles certifiés montrent que le marché mondial est dominé par les deux labels anglo-saxons : l’étiquette britannique Breeam dépasse de loin ses concurrents avec près de 4.500 immeubles certifiés en Europe. A l’échelle de la planète, c’est Leed qui reprend le dessus. Le label français HQE arrive en seconde position en Europe, ce qui s’explique par la taille du marché immobilier tertiaire. En revanche, il est bon dernier hors des frontières.Le podium est convoité car chaque label national draine dans son sillage des savoir-faire, des méthodes des matériaux... France GBC (Grenn Building Concil), une association qui fédère le secteur public et le secteur privé au service de la construction durable, ne se cache pas de pousser ainsi sur la scène internationale le label français, la matière grise et les industriels qui vont avec.

Les tentatives pour homogénéiser les certifications sont pour l’instant timides et sans aucun résultat.

Catherine SABBAH, Les Echos, 11/10/2012

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