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La Ville de Paris s'émeut de la position du groupe Casino dans le commerce alimentaire

26.12.2010, source : Les Echos.fr

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Le conseil municipal de la capitale a décidé de saisir l'Autorité de la concurrence en se basant sur une étude de l'Atelier parisien d'urbanisme indiquant que les enseignes Casino, Franprix, Leader Price et Monoprix totalisent 60 % des surfaces commerciales sous enseigne nationale.


Après la bataille du travail du dimanche, un nouveau bras de fer se dessine entre la mairie de Paris et les commerçants de la capitale. L'Hôtel de ville vient de saisir l'Autorité de la concurrence pour lui demander d'enquêter sur le marché des supermarchés parisiens. En ligne de mire, la situation du groupe Casino, qui détient, selon l'Atelier parisien d'urbanisme (Apur), chiffre repris par l'Autorité de la concurrence dans son avis du 7 décembre, 60 % de part de marché en surface commerciale, loin devant Carrefour, qui suit avec 20 %.


« Nous pensons qu'il y a des situations de quasi-monopole, et que deux enseignes se livrent une lutte acharnée pour s'installer un peu partout dans le centre de Paris. Cette situation est préjudiciable aux Parisiens, car les prix des produits grimpent, et certaines activités comme les garages et les stations-service disparaissent au profit de supérettes », fait valoir Lyne Cohen-Solal, l'adjointe PS au maire en charge du commerce. Si la mairie vient chercher un éventuel soutien de l'Autorité de la concurrence, c'est qu'elle se dit « impuissante » face à la situation : beaucoup des magasins concernés, qui n'excèdent pas 1.000 m 2, n'ont, en effet, pas besoin de son autorisation pour ouvrir.


Contestation du chiffrage

Pour justifier son action, la Ville de Paris s'appuie sur une étude de l'Apur selon laquelle le groupe Casino est « de loin le mieux implanté » avec 398 magasins et 260.000 m², devant Carrefour (156 magasins). Ses multiples enseignes (Monoprix, dont il détient 50 % et que sa centrale d'achat approvisionne, Leader Price, Franprix, Naturalia) lui permettent de couvrir toutes les clientèles. Son maillage territorial apparaît « le plus abouti », puisqu'il couvre « presque tous » les quartiers, en ne rencontrant pratiquement aucune concurrence dans un quart d'entre eux, au centre de Paris. Ainsi, dans le 8e arrondissement, un tiers des magasins Casino n'ont aucun adversaire. A contrario, la plupart des autres groupes possèdent moins de 15 magasins (Auchan, Lidl, Système U, Intermarché…) quand ils ne sont pas carrément absents (Centres Leclerc).


De son côté, Casino réfute le chiffrage de l'Apur. « Le groupe appréhende au quotidien la réalité d'un marché alimentaire parisien diversifié », indique un porte-parole. « Le projet de saisine votée par le Conseil de Paris ne tient pas compte des 13 hypermarchés ceinturant Paris […]. De plus, il ignore les nombreuses formes de distribution alimentaire qui se côtoient à Paris : marchés de quartier, e-commerce, enseignes spécialisées (surgelés…)… ». Il ne manque que les Restos du coeur au décompte du distributeur stéphanois, raille une mauvaise langue ! Plus sérieusement, la revue « LSA » rappelle que Paris affiche pour des raisons historiques un sous-développement manifeste du commerce moderne.


Laurence ALBERT et Philippe BERTRAND, Les Echos, 22.12.2010
 

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