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La surveillance humaine : marché porteur mais entreprises fragiles

10.08.2012, source : Les Echos.fr

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Le marché de la sécurité est en crise, étranglé par des marges faibles. Ses acteurs doivent se professionnaliser.

Le marché de la surveillance humaine représente 2,3 milliards d’euros de chiffre d’affaires et 160.000 emplois. C’est un marché fragile, très atomisé, aux marges réduites par des donneurs d’ordre qui font jouer la forte concurrence. Résultat : « Quand l’économie tousse, on se trouve face à des effets pervers. Les entreprises sérieuses voient leur marge fondre davantage encore ou même disparaissent. Et celles qui emploient une cascade de sous-traitants, jusqu’à en arriver parfois au travail dissimulé, constituent la variable d’ajustement », observe Claude Tarlet, président de l’Union des entreprises de sécurité privée, syndicat réunissant les plus gros opérateurs du secteur.

Cette situation explique pourquoi les professionnels de la surveillance humaine ont jeté l’éponge sur le dossier Neo Security. « Les acteurs importants du secteur ne s’y sont pas trompés, la rentabilité n’est pas au rendez-vous, au moins pour la moitié des contrats », poursuit Claude Tarlet. Qu’est-ce qui motive alors Fiducial, ce groupe spécialisé dans l’expertise comptable, qui semble vouloir s’élargir à de nouveaux services aux entreprises ? Probablement un pari : celui que ce marché très immature se structure à l’avenir, grâce à la mise en place du CNAPS, le Conseil national des activités privées de sécurité, établissement souhaité par la profession et par le gouvernement pour mettre fin aux pratiques douteuses et à la sous-traitance illégale. Créé en décembre 2011, « il monte en puissance et devrait effectuer dès l’an prochain environ 300 contrôles par mois, ce qui va assainir, donc concentrer le secteur et permettre un rééquilibrage de la relation entre donneurs d’ordre et prestataires », estime Claude Tarlet, qui a participé à sa gestation.


Un nouveau « business model »

L’autre pari de Fiducial, c’est peut-être celui du changement de « business model » des donneurs d’ordre. Certains, en temps de crise, peuvent être tentés par une offre « globale », multimétiers, pour diminuer les coûts. Et Fiducial a une surface financière, des moyens, que les entreprises de sécurité n’ont pas. Ce qui n’a pas n’empêché le tribunal de commerce de faire preuve de prudence, réclamant des garanties en capital supplémentaires. En effet, initialement, l’offre de reprise de Neo Security était portée par le holding de Fiducial, très capitalisé. En chemin, Fiducial a changé son fusil d’épaule et a fait une offre par l’intermédiaire d’une filiale capitalisée seulement à hauteur de 3 millions d’euros, alors qu’il lui faudrait disposer d’au moins dix fois plus, selon les experts du secteur...

Car, cette année, le marché de la surveillance humaine va encore souffrir : « Il est stable en volume, mais décroît en valeur ; cherchez l’erreur. Pourtant le secteur est porteur d’emploi », note Claude Tarjet. A l’heure où la « légèreté » de G4S, prestatair des Jeux Olympiques de Londres, incapable d’honorer son contrat, a rejailli sur l’image déjà mauvaise de ces professionnels, le président de l’USP espère beaucoup des efforts de formation, de moralisation et de transparence engagés pour créer l’an prochain une nouvelle donne. « Notre secteur a besoin d’une vision managériale rénovée et audacieuse », confirme Michel Ferrero, président du SNES, le syndicat des PME de la sécurité.

Les chiffres clefs de la sécurité

La surveillance humaine représente en France un chiffre d'affaires de 2,3 milliards d'euros et 160.000 emplois.
• Au niveau mondial, figurent trois grandes entreprises spécialisées :
G4S, anglaise, 9,4 milliards d'euros de chiffre d'affaires.
Securitas, suédoise, 7,1 milliards d'euros.
Prosegur, espagnole, 2,8 milliards d'euros.
• Au niveau français, le marché est atomisé avec 4.000 entreprises.
Securitas réalise 692 millions d'euros de chiffre d'affaires.
Seris 200 millions.
Neo Security 150 millions d'euros.
Prosegur, 110 millions d'euros.
G4S, qui avait quitté la France en 2008, y revient en reprenant le contrat de l'ambassade des Etats-Unis.

Martine ROBERT, Les Echos, le 06/08/2012

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