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La reprise se confirme mais s'annonce laborieuse

20.12.2009, source : Les Echos.fr

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Le produit intérieur brut devrait progresser à un rythme proche de 0,4 % par trimestre jusqu'à la mi-2010, selon la note de conjoncture de l'Insee. Une rechute brutale de l'économie paraît donc écartée, mais la croissance ne va pas s'accélérer au fil des prochains mois.


Il y a deux façons de lire les nouvelles prévisions de l'Insee publiées hier : en tablant sur un produit intérieur brut (PIB) qui croîtrait à un rythme proche de 0,4 % par trimestre jusqu'à la mi-2010, les optimistes constateront que l'Institut statistique ne prévoit pas de rechute de l'économie -au moins à court terme -, et que la sortie de récession observée dès le printemps s'annonce donc pérenne. Les pessimistes remarqueront que la reprise s'annonce très molle et qu'il faudra donc beaucoup de temps pour effacer les traces d'une récession d'une ampleur inégalée au cours des soixante dernières années. Surtout, cette croissance ne permettra pas de recréer des emplois l'année prochaine, au risque de porter le taux de chômage à un niveau encore plus élevé (lire ci-dessous).

« Fragile », « modeste », « molle »

Comme souvent, l'Institut statistique joue sur les deux tableaux. La sortie de récession se fera « en ordre dispersé », indique-t-il d'emblée. En ordre dispersé au regard de la situation internationale d'abord : la France devrait mieux s'en sortir que le Japon, le Royaume-Uni, l'Italie ou l'Espagne où « l'activité y stagnerait, voire rechuterait dans les mois à venir », pénalisé par une faible demande intérieure. Un constat inquiétant pour l'Union européenne, qui connaît des déficits publics sans précédent. La France ferait en revanche moins bien que les Etats-Unis et l'Allemagne, où la reprise pourrait être un peu plus nette grâce à un impact prolongé des plans de relance.
Au global, l'activité française se situera donc « dans la moyenne des pays développés » grâce à une reprise « laborieuse » prévient l'Insee. Avec une croissance de 0,4 % pour le trimestre en cours (0,3 % était attendu en octobre), d'autant au premier trimestre de 2010 et de 0,3 % au suivant, l'institut ne prévoit pas d'accélération par rapport à la situation passée (+ 0,3 % au deuxième et troisième trimestre 2009). « Fragile », « modeste », « molle », les prévisionnistes de l'Insee ne manquent pas d'adjectifs pour relativiser la performance de la croissance des prochains mois.

Une fois de plus, l'activité sera soutenue par son moteur traditionnel, la consommation, qui a déjà bien résisté durant la phase de récession. Toutefois, « il ne tournera pas à plein régime », prévient Sandrine Duchêne, chef du département de la conjoncture. Après un rebond qui devrait se confirmer d'ici la fin de l'année grâce à l'effet prime à la casse (le dispositif sera moins intéressant en 2010), la consommation devrait ralentir nettement pour ne progresser que de 0,2 % par trimestre. Très loin de ses niveaux d'avant crise.

Cela s'explique par le fait que les gains de pouvoir d'achat vont être bien plus faibles que cette année, pénalisés par une légère reprise de l'inflation, la disparition des mesures de soutien exceptionnelles, de moindres revalorisations des prestations et une pression sur les revenus liée à la hausse du chômage. En clair, la consommation tiendrait le choc car les Français puiseraient dans les sommes épargnées au cours des mois précédents.

Message de grande prudence

Du côté de la demande étrangère, le rythme de progression des exportations va être plus modéré qu'au troisième trimestre, pronostique l'Insee. « Les perspectives de débouchés pour les entreprises s'améliorent et les conditions de financement s'assouplissent progressivement »,note l'institut. De ce fait, l'investissement des entreprises -qui aura connu un repli historique de 7,2 % en 2009 -devrait enfin se stabiliser. Mais là encore, ce redressement sera « progressif »(hausse de… 0,3 % au deuxième trimestre). La chute de la demande a été telle pendant la récession que les capacités de production des entreprises vont rester sous-utilisées.

Car si le destockage avait fortement pesé sur la croissance jusqu'au printemps dernier, l'Insee n'anticipe pas de fort mouvement de balancier. La reconstitution des stocks ne soutiendra que légèrement la croissance d'ici à mi-2010, même si l'Insee reconnaît qu'une accélération est possible. Cela « constitue un aléa positif important » de sa prévision.

Au final, ce scénario vient appuyer le message de grande prudence du gouvernement. A la fin juin, l'acquis de croissance pour 2010 (si le second semestre restait stable) atteint 1,1 %. Le budget de l'Etat repose sur une progression de 0,75 %. Mais le Premier ministre, François Fillon, a déjà indiqué qu'elle devrait plutôt se situer entre 1 % et 1,5 %. Une analyse confortée, mais qui ne laisse pas présager d'une franche accélération en 2011, jugée indispensable à bien des égards (chômage, déficit public) pour l'exécutif.

FRÉDÉRIC SCHAEFFER, Les Echos, 18/12/2009

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