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La franchise FNAC cible les libraires indépendants

15.12.2012, source : Les Echos.fr

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A Melun, le passage d’un libraire au petit format FNAC devrait lui permettre de doubler son chiffre d’affaires. La ministre de la Culture proposera en 2013 une réforme des aides aux libraires.

Pour un libraire en situation fragile, la franchise FNAC de 300 mètres carrés de centre-ville peut être une alternative. C’est en tout cas le calcul d’Antoine Lelourec, propriétaire depuis 1991 de la librairie Jacques Amyot, à Melun, en Seine-et-Marne. « Depuis 2008, je constatais une baisse régulière du chiffre d’affaires du livre de 3 % à 4 % par an », constate celui qui a inauguré, hier, la première petite FNAC franchisée de France. Six à huit autres ouvertures de ce type sont prévues dans des villes de 40.000 habitants au moins, et peut-être à Paris même.

Sur 320 mètres carrés, la librairie Amyot vend désormais, outre 10.500 références de livres et un peu de papeterie, un assortiment des meilleures ventes de l’enseigne en disques, DVD, appareils photos, tablettes et ordinateurs, jeux pour enfants et même appareils électroménagers design. Un vraie petite FNAC avec, en outre, un service après-vente et une billetterie, ainsi que les compléments de gamme de Fnac.com. Pour un investissement de 500.000 euros (y compris le gros oeuvre), Antoine Lelourec espère faire passer son chiffre d’affaires annuel de 1,6 million à 3 millions. « Il a dix ans, il y a avait sept libraires au centre de Melun. Il n’y en a plus que deux. Autant dire que la demande en produits éditoriaux est forte », précise-t-il.

La situation économique de cette librairie illustre en fait celles des librairies indépendantes en France. Autant à Paris qu’en province, plusieurs fermetures emblématiques ont eu lieu au cours des derniers mois. En France, leur nombre reste néanmoins stable, à environ 3.000. « On constate entre 200 et 300 fermetures de librairies par an, mais quasiment autant d’ouvertures ou de reprises », note Guillaume Husson, délégué général du Syndicat de la librairie française (SLF).

Rentabilité proche de zéro

Cette stabilité en volume cache une situation plus complexe sur le plan financier. Les conclusions d’une étude de Xerfi, à la demande du SLF, sont sans appel. La rentabilité des librairies est aujourd’hui proche de zéro, et la plupart connaissent des problèmes de trésorerie. Cela a conduit Aurélie Filippetti, ministre de la Culture et de la Communication, a se saisir du problème en mettant en place des groupes de travail l’été dernier. Parallèlement, l’Inspection générale des affaires culturelles (Igac) a été chargée « d’évaluer la pertinence des différents dispositifs de soutien existants ».

La ministre entend proposer au début de l’année prochaine son plan pour rénover ces aides. Le but est de faire regagner 2 points de rentabilité aux librairies. Grâce à la baisse de la TVA sur le livre, qui passera de 7 % à 5,5 % le 1er janvier prochain, puis à 5 % le 1er janvier 2014. D’autres propositions se sont faites jour, comme revenir sur le rabais de 5 % que peut accorder un libraire.

A Melun, Antoine Lalourec ne le cache pas, outre l’impact du e-commerce, il a subi les pratiques des éditeurs qui n’hésitent pas à envoyer aux libraires indépendants des « offices sauvages ». « J’avais 500.000 euros de stocks annuels, rien qu’avec le livre, soit plus qu’aujourd’hui où je vends aussi des produits techniques avec la FNAC », explique-t-il. « J’avais le sentiment d’être le banquier des éditeurs. »

Gregoire POUSSIELGUE et Philippe BERTRAND, Les Echos, 11/12/2012

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