L’industrie française de la vape ballottée par les réglementations

2017-09-28T18:06:00+02:00

28.09.2017, 


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Vapoter au bureau sera passible d’amende à partir du premier octobre. Une mesure qui intervient alors que le marché de l’e-cigarette se professionnalise.

Fumeurs compulsifs, si vous avez pris l’habitude de sortir votre cigarette électronique un peu partout, cela sera beaucoup moins facile à partir du premier octobre. A partir de cette date, « vapoter » ne sera plus permis au bureau, dans les établissements scolaires et dans les transports en commun. Le  décret « relatif aux conditions d’application de l’interdiction de vapoter dans certains lieux à usage collectif » paru le 27 avril dernier prévoit une interdiction totale dans les bureaux paysagers.

Pas question de tenter de tricher, les chefs d’entreprise devront afficher l’interdiction et seront susceptibles d’avoir une amende de classe deux (450 euros), les salariés étant hypothétiquement redevables de 150 euros. Les salariés qui ont la chance d’être seuls dans une pièce fermée pourront continuer à tirer sur leur e-cigarette en toute tranquillité. Le site internet Legiest vend même déjà pour 9,90 euros une affiche téléchargeable à afficher !

Marché en croissance

Ce changement de réglementation intervient sur un marché en plein bouleversement. Selon une étude réalisée par Xerfi, la France compte un noyau de 1,2 million d’utilisateurs quotidiens « matures vis-à-vis du produit, susceptibles de renouveler leur matériel et d’opter pour des gammes de produits premium ». D’autres professionnels évoquent un chiffre de 2 millions de consommateurs. Pour l’avenir, le cabinet prévoit des ventes en hausses de 5 à 10 % en 2017 à environ 350 millions d’euros.

Une progression alimentée ces derniers mois par le paquet neutre, et l’augmentation des prix des cigarettes classiques prévue de trois euros d’ici 2020 qui poussent les fumeurs à s’arrêter. « C’est un calendrier qui permet à chacun de se mettre dans la perspective de l’arrêt » a martelé la ministre de la santé Agnès Buzyn lors de l’annonce des augmentations de prix.


Mouvement de concentration

Les professionnels de la vente d’e-cigarette et de liquides contenant de la nicotine se sont structurés, avec une fédération la Fivape, et des salons comme Vapexpo à Paris le 24 septembre prochain. Mais la folie de la Vape a aussi ses revers. Après avoir culminé à 2 830 boutiques spécialisées en 2016, leur nombre est redescendu à 2 243 en juin 2017 selon Xerfi. Le tout avec une concentration autour de quelques enseignes leaders comme J Well, Vapostore ou encore Clopinette. Cette dernière enseigne, créée à Caen en 2011, se donne pour objectif d’avoir 200 points de vente en 2020 contre 90 aujourd’hui, dont 40 en franchise.

Sans oublier la montée en puissance des groupes du Tabac sur ce créneau. En juillet BAT a racheté le leader américain des e-cigarettes Reynold’s. Le groupe a développé une gamme aux formes rondes et aux cartouches rechargeables baptisés Pebble (galet en anglais), spécialement dessinée pour tenir dans la paume des adultes. Des produits exclusivement vendus chez les buralistes. Le groupe, qui vend également des cigarettes classiques  estime avoir 4 % de part de marché (2016) et ambitionne d’être présent dans 10 000 bureaux de tabac d’ici novembre 2017.


Folie des goûts

Côté fabricants, la France a la particularité d’avoir développé toute une filière de producteurs de liquide. InnovA (marque Nhoss) basée à Bondues dans la métropole lilloise fait venir de Chine la partie électronique mais ses liquides sont produits à Grasse. Les consommateurs exigent des goûts de plus en plus fous : cherry cola, muffin myrtille ou même l’imitation de plats cuisinés (spéculos cannelle, café torréfié ou chocolat fondant). La société réalise l’ajout de la nicotine dans un laboratoire pharmaceutique à Merville dans le Nord.

Certains de ses concurrents ont développé des gammes de produits « fait maison », où ils vendent un liquide de base (du propylène glycol ou de la glycérine végétale) et de la nicotine selon différents usages à mélanger avec des arômes. L’usager doit alors utiliser des flacons, pipettes, entonnoirs pour remplir et mélanger.

De cette manière, le consommateur peut régler plus finement les goûts et les quantités de nicotine consommés, mais c’est aussi un moyen pour les vendeurs de contourner les règles. Depuis le premier janvier, il est en effet interdit de vendre bases et e-liquides contenant déjà de la nicotine en flacon de plus de 10 ml et le taux de nicotine doit être inférieur à 20 mg/ml. Les formats et les liquides sans nicotines ne sont pas limités en taille.

Julie CHAUVEAU, Les Echos, le 25/09/2017

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