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L'Etat offre un bol d'air à la filière photovoltaïque

01.08.2012, source : Les Echos.fr

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La filière va profiter de la construction de 200 centrales pour 1 milliard d’euros. Elle attend une clarification des aides lors du débat national sur la transition énergétique.

Le cauchemar du photovoltaïque français touche-t-il à sa fin ? C’est ce que veulent croire les entreprises du secteur après la publication vendredi des lauréats de deux appels d’offres lancés par le gouvernement. Le ministère de l’Energie a retenu une grosse centaine de projets de toitures solaires entre 100 et 250 kilowatts, du type hangar agricole, pour une capacité totale de 21 mégawatts. La seconde sélection porte sur des installations de plus de 250 kilowatts, qui concernent de grandes toitures industrielles, des supermarchés, ou encore des fermes au sol. Elle va soutenir la construction de 105 projets représentant plus de 520 mégawatts.

Delphine Batho, ministre de l’Ecologie et de l’Energie, promet que ces appels d’offres susciteront 1 milliard d’euros d’investissement dans les deux ans à venir, et qu’ils alimenteront en électricité les besoins annuels de 150.000 foyers. Le précédent gouvernement a lancé ces appels d’offres il y a un an pour remplacer le système de tarif d’achat précédent. Ce dernier imposait à EDF l’achat de l’électricité photovoltaïque à des tarifs subventionnés élevés, ce qui a entraîné une explosion des projets de raccordement. Cette « bulle » risquait selon Bercy d’être très coûteuse pour le consommateur, lequel paye indirectement ces subventions dans sa facture. Un moratoire a été imposé en 2011, entraînant la perte de milliers d’emplois.


Opportunités de développement

Avec le nouveau système d’appel d’offres, les promoteurs sont mis en concurrence et doivent s’engager sur un tarif de vente à EDF. L’Etat peut ainsi réguler le nombre d’installations et le volume de subventions à y consacrer. Sceptique il y a un an, le secteur a fini par adhérer à cette démarche. Le syndicat des énergies renouvelables (SER) s’est félicité de l’annonce rapide du gouvernement. « Nous avons critiqué les à-coups qu’imposent ces appels d’offres à la vie des entreprises, mais ils offrent des opportunités de développement industriel », reconnaît son président, Jean Louis Bal.

D’après les premiers retours, l’état semble avoir obtenu des tarifs d’achat nettement plus faibles, sous la barre des 20 centimes d’euros le kWh, alors qu’ils variaient entre 30 et 60 centimes il y a trois ans. La sélection a toutefois tenu compte de l’origine géographique des panneaux puisque certaines offres à 25 centimes, mais fondées sur du matériel français, ont été validées. Les industriels du secteur craignaient que la lutte sur les prix ne conduise les promoteurs à choisir des panneaux solaires à bas prix en provenance d’Asie. Pour y remédier, le ministère a favorisé pour une part les offres françaises les plus innovantes : technologie thermodynamique, solaire à concentration, panneaux avec suivi de course du soleil, centrale avec stockage... Ces 541 mégawatts vont garnir les carnets de commandes des centaines d’entreprises concernées. « En dehors de l’international, seuls ces appels d’offres nous occuperont en France en 2013 », confirme Guillaume Darmouni, responsable du développement chez Générale du Solaire, qui a remporté une quinzaine de projets. Le président de Fonroche, Yann Mauss, explique que les 60 mégawatts de panneaux gagnés dans l’appel d’offres vont permettre de relancer son usine à pleine capacité.

Certaines des critiques que formulaient les promoteurs de projets se sont toutefois vérifiées. La grande majorité des installations se concentreront dans le sud de la France, où l’ensoleillement garantit une forte production et des marges plus confortables. La filière espère un nouvel appel d’offres à l’automne, et la remise à plat du système de soutien, lors du grand débat national sur la transition énergétique promise par le gouvernement à la fin de l’année. Elle désire à terme déjouer le reproche fait vendredi par l’Etat : un trou de 1 milliard d’euros dans la balance commerciale.


Matthieu QUIRET, Les Echos, le 30/07/2012

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