Les secteurs

L'économie détruit toujours massivement des emplois

12.12.2009, source : Les Echos.fr

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La quasi-stabilisation de l'emploi salarié au troisième trimestre annoncée par l'Insee il y a un mois n'a finalement pas eu lieu. Révisant très fortement ses prévisions, l'Institut statistique a annoncé hier que l'économie avait, en réalité, détruit 93.100 postes marchands de juillet à septembre et non pas 5.500 emplois comme estimé initialement. En clair, l'ampleur des destructions dans les secteurs marchands s'est poursuivie au même rythme qu'au trimestre précédent. Entre l'estimation provisoire (extrapolée à partir d'une enquête de la Dares couvrant uniquement les établissements de 10 salariés et plus) et le chiffre définitif d'hier (réalisé à partir des bordereaux Urssaf), l'Insee fait donc le grand écart. En période de crise, « il est possible que la dynamique intrinsèque des très petites entreprises soit différente de celle des grandes, avance Stéfan Lollivier, directeur des statistiques démographiques et sociales de l'Insee. Autre hypothèse, l'enquête de la Dares pourrait elle-même être corrigée pour sa publication définitive ». L'Insee va engager une expertise, notamment avec la Dares.


Très nette reprise de l'intérim

En attendant, le résultat est sans appel : sur un an, l'emploi marchand s'est contracté de 2,7 %, avec 447.300 postes supprimés. Il retombe ainsi à son niveau du premier trimestre 2006, à 16,06 millions de salariés. L'emploi global recule légèrement moins (- 0,4 % par rapport au trimestre précédent, - 2,2 % sur un an), car il tient compte de la montée en puissance des emplois aidés dans les secteurs non marchands. La baisse des effectifs dans l'industrie se poursuit au même rythme (- 1,4 % ) mais s'accentue dans la construction (- 1,1 % ). L'emploi est toujours en baisse dans le tertiaire (- 0,2 % ) mais est marqué par une très nette reprise de l'intérim (+ 8,5 %, avec 36.900 nouveaux postes). Les emplois intérimaires avaient été les premiers à faire les frais de la crise. Leur retour pourrait être un signe précurseur d'une amélioration du marché du travail.


Formation en alternance

« Le pic des destructions d'emplois devrait vraisemblablement être atteint fin 2009 ou dans les premiers mois de 2010 », estime Pôle emploi. La croissance attendue l'an prochain ne suffira pas à créer des emplois mais limitera le rythme des destructions. « Dans un premier temps, les employeurs vont dégonfler le recours au chômage partiel, et faire face à la reprise sans embauche,souligne Bernard Ernst, directeur des statistiques. Par ailleurs, ils n'ont pas eu le temps d'ajuster leurs effectifs au brusque retournement de l'activité et disposent donc d'une réserve de main-d'oeuvre. » Pôle emploi table sur 62.000 nouvelles destructions de postes en 2010, après 325.000 cette année. Le nombre de chômeurs de catégorie A continuerait de progresser : + 86.000, après + 468.000 en 2009.
Pour tenter de juguler l'hémorragie, le gouvernement souhaite favoriser la formation en alternance des jeunes. Remettant hier un rapport qui lui avait été demandé l'été dernier, Henri Proglio (devenu entre-temps PDG d'EDF) suggère notamment un crédit d'impôt pour les entreprises s'engageant à accroître sur trois ans la part de leur personnel en alternance. Henri Proglio a assuré hier que l'engagement de recruter 100.000 jeunes en alternance sur deux ans qui avait été pris cet été par les 50 plus grandes entreprises françaises « était tenu à 90 % » sur la première année.
F. S. ET C. F., Les Echos le 11/12/09

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