L'e-commerce n'a pas tué les centres commerciaux

2017-12-22T18:06:00+02:00

22.12.2017, 


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Des « malls » et des magasins ferment sous la pression de l’e-commerce. Mais en France, comme aux Etats-Unis, il s’en ouvre aussi. Surtout dans les zones prospères et avec des attractions.

Les centres commerciaux ont-ils un avenir ? Le commerce en ligne se développe à grande vitesse. Les consommateurs rechignent à affronter les embouteillages pour se rendre dans des complexes souvent sans charme, vieux de trente ans, plantés au milieu de parkings peu accueillants. Pourtant, Unibail-Rodamco investit 21 milliards d’euros dans l’acquisition de Westfield.

Les chiffres sont têtus. La fréquentation des « malls » baisse : -0,7 % en 2015, -1,4 % en 2016 et -1,3 % à septembre 2017 en France, selon le Conseil national des centres commerciaux. Amazon et ses épigones écoulent de 15 % à 20 % des produits non alimentaires. Le taux atteindra 35 % aux Etats-Unis dans le textile d’ici à quinze ans. Les produits alimentaires et de grande consommation sont attaqués. Les cybermarchands occupaient 4,6 % du marché en 2016, mais généraient 35 % de la croissance. Une boutique sur dix est vide dans certains centres français. Et la vacance provoque la vacance : abyssus abyssus invocat.

Apparences trompeuses

Outre-Atlantique, les enseignes tombent comme des mouches. JCPenney a annoncé la fermeture de 138 points de vente, Sears de 300, Macy’s de 68. Des réseaux entiers, comme RadioShack, ont disparu. Un quart des centres commerciaux pourraient fermer d’ici à 2022, prévoit Credit Suisse.

Mais d’autres chiffres relativisent ce phénomène. Selon une étude d’IHL, réalisée pour la National Retail Federation américaine, et citée par le magazine « LSA », le solde net entre les fermetures (9 000) et les ouvertures sera positif en 2017, de 1 326 unités, et de 3 446 en 2018. Les apparences sont trompeuses. Des boutiques de vêtements et des grands magasins ferment. Des petits magasins de proximité, discount, comme les Dollar Tree, ouvrent.


Aquarium et piste de ski

Au pays de Trump, les classes aisées se sont enrichies depuis les années 1970. Elles forment une clientèle au fort pouvoir d’achat sur les côtes Est et Ouest du pays, où sont situés les complexes Westfield. C’est à l’intérieur du pays, où les classes populaires se sont appauvries, que les « malls » sont à la peine.

Reste, partout, à endiguer l’érosion du trafic. Les promoteurs se sont d’abord tournés vers la restauration. Ils investissent aujourd’hui dans le divertissement. A Layton, dans l’Utah, un aquarium a pris la place d’un magasin de sport. A Sacramento, le centre commercial accueille l’équipe locale de basket. « La tendance, c’est de parler moins de magasins et plus d’expériences », résumait en août un consultant à « USA Today ».

En France, les projets de centres et parcs commerciaux se multiplient encore. La fédération du commerce spécialisé Procos comptait 414 dossiers au 1er janvier. Le secteur redémarre.

Philippe BERTRAND, Les Echos, le 12/12/2017

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