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L'avenir des buralistes passera par la franchise ou la coopérative

25.03.2010, source : Les Echos.fr

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Secoué par la chute des ventes de tabac et de consommation d'alcool sur place, le réseau des bars-tabac-presse pourrait trouver son salut dans des accords de partenariat, de franchise ou encore de coopérative.

L'accord, annoncé la semaine dernière, entre le géant européen du commerce en ligne Pixmania et Presstalis (ex-NMPP) pour les diffuseurs de presse, préfigure-t-il la révolution que devront sans doute faire les bureaux de tabac s'ils veulent mettre un terme à ce qui ressemble à un inexorable déclin ? Ce partenariat original, concrétisé par le lancement d'une centrale d'achats sur Internet, Netdiffuseurs.com, va permettre aux kiosquiers et autres points de vente de journaux de s'approvisionner sur l'ensemble des références du site marchand, filiale du puissant distributeur britannique DSGI International. Ce qui leur donne la possibilité d'avoir 50 000 produits à proposer à leur clientèle contre… 600.

Or, le principal problème des buralistes, premier réseau de proximité en France avec plus de 27 000 points de vente (soit près du double des points contacts de La Poste), tient précisément au fait que 60 % de leur chiffre d'affaires, estimé à près de 16 milliards d'euros, dépendent des boissons (pour 40 % ) et du tabac (pour 20 % ), deux marchés en difficulté. Selon une étude réalisée par le cabinet Oliver Wyman sur le secteur, les ventes de cigarettes ont en effet baissé de 33 % entre 2001 et 2006, pour se stabiliser depuis, tandis que les débits de boissons ont connu une baisse de leur activité de 2 % entre 2002 et 2006, encore accentuée ensuite par l'interdiction de fumer, qui s'est traduite par une baisse de la consommation sur place.


Freins à l'évolution

Pour Jacques-Olivier Bruzeau et Mathieu Colas, les auteurs de l'étude, « ce réseau, pour l'essentiel constitué de gérants indépendants, peine à évoluer. Il n'a pas su encore s'adapter à l'évolution des besoins (Internet, services…), malgré le soutien financier de l'Etat ». Une forte dépendance à la législation française pour la fixation des prix (tabac, alcool, jeux) et les politiques nationales (lutte contre le tabagisme, contre l'obésité), et la toute puissance de la Confédération des buralistes de France, qui regroupe près de 90 % de la profession, ont, de leur point de vue, freiné son évolution. Paradoxalement, le Contrat d'avenir lancé par l'Etat avec les buralistes - qui vise notamment à accroître les revenus des points de vente par une hausse de la commission, à améliorer les conditions d'exercice du métier et à développer des activités de service public (timbres amende ou fiscaux) -fait que les grands fournisseurs des buralistes, les Altadis (tabac), Heineken ou autres Kronenbourg, peinent à placer leurs produits et innovations.

Du coup, note l'étude, on assiste à une baisse continue du nombre de points de vente, en particulier les plus petits, situés en milieu rural, dont le nombre a baissé de 31 % entre 2003 et 2006 contre une hausse de 6 % pour les plus grands, qui ont davantage de ressources pour attirer la clientèle. Mais, dans le milieu urbain, « il est plus compliqué de se réinventer face à la concurrence frontale des chaînes de proximité, d'où l'enjeu d'un nouveau type de franchise ou de coopérative pour ce type d'acteurs », soulignent Jacques-Olivier Bruzeau et Mathieu Colas. Tandis qu'en milieu rural, il faudrait, selon eux, s'inspirer d'un modèle qui émerge au Royaume-Uni, celui de la coopérative.
Pour les consultants d'Oliver Wyman, le bureau de tabac du futur, urbain ou rural, sera avant tout un lieu de proximité plus orienté client que produits et privilégiant le service.

Antoire Boudet, Les Echos, 24.03.2010

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