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L'Autorité de la concurrence appelle à une libéralisation progressive de la réparation auto

13.10.2012, source : Les Echos.fr

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Dans un avis consultatif, l’Autorité de la concurrence demande aux pouvoirs publics de mettre un terme au monopole des constructeurs sur les pièces de carrosserie visibles. Compte tenu des difficultés de la filière, elle recommande néanmoins une libéralisation graduelle.

Acheter une aile ou un capot de 6 % à 15 % moins cher. Ce sera peut-être bientôt possible si le gouvernement français suit l’avis publié ce lundi par l’Autorité de la concurrence, qui prône une libéralisation du marché de l’après-vente automobile. « La balle est désormais dans le camp des pouvoirs publics », indique Bruno Lasserre, président de l’Autorité. Mais, selon les premières réactions de la profession (lire aussi), le risque est grand de voir les autorités céder à nouveau aux pressions des constructeurs. Déjà, l’avis, pourtant simplement provisoire, émis en avril par l’Autorité et appelant à mettre un terme à certaines pratiques anticoncurrentielles jugées responsables de prix trop élevés dans le secteur de l’entretien-réparation avait fait l’objet d’un recours devant le Conseil d’Etat, rappelle Bruno Lasserre. Du jamais-vu !

Exception française

Or, le nouvel avis publié ce lundi reste globalement sur la même ligne. Sa recommandation principale : ouvrir à la concurrence un marché de l’après-vente évalué à plus de 30 milliards d’euros et dont les constructeurs s’arrogent 53 % en valeur et 45 % en volume. Comment ? Essentiellement en faisant sauter le monopole sur les pièces de rechange « visibles » que leur accorde la loi française.

Contrairement à nombre de pays européens, une directive oblige en effet toujours les réparateurs et carrossiers à remplacer les ailes, capots, pare-chocs, pare-brise et autres rétroviseurs par une pièce d’origine protégée au titre du droit des dessins et modèles. Celle-ci « assure aux constructeurs un véritable monopole sur 70 % des ventes de pièces visibles », justifie Bruno Lasserre. De plus, ils sont en duopole avec l’équipementier sur les 30 % restants ». Ce qui pousse les prix à la hausse et constitue de plus en plus une exception française. « La France est quasiment le seul pays d’Europe dans lequel, même en le corrigeant de l’inflation, le prix des pièces détachées a augmenté depuis le début des années 2000, de l’ordre de 10 % », souligne l’Autorité.

Mais si elle persiste dans sa volonté de libéralisation, l’Autorité a visiblement assoupli sa position depuis l’été. Conséquence d’une consultation publique pendant laquelle les constructeurs ont brandi le spectre de nouvelles suppressions d’emplois et surtout d’une dégradation de la situation économique de la filière.

L’institution insiste désormais pour que cette ouverture du marché s’opère progressivement et par famille de produit. Le tout dans le cadre d’une loi et avec un échéancier prévu par décret. Dans un premier temps, la concurrence pourrait ne concerner que les vitres et les phares, qui représentent 30 % du marché, suggère ainsi l’Autorité dont l’avis n’est que consultatif. Puis l’année suivante, les rétroviseurs et pare-chocs (60 à 70 % du marché). Au bout de quatre à cinq ans viendrait alors, pour atteindre les 100 %, le tour des pièces de tôleries avec à la clef, pour les consommateurs, une baisse moyenne de 6 à 15 % du prix des pièces.

« Vu ses difficultés actuelles, il faut laisser à la filière le temps de revoir son modèle économique » , justifie Bruno Lasserre. Un modèle qui ne permet pas aujourd’hui aux constructeurs de tirer une rentabilité suffisante de la vente de véhicules neufs. D’où « leur crainte de voir disparaître une source de profits sur l’après-vente » , admet l’Autorité. Enfin, selon elle, cette levée progressive de la protection serait l’occasion pour les constructeurs et équipementiers de se préparer à faire face à l’ouverture possible du marché au niveau européen.

Un budget de taille pour les ménages

Les dépenses associées à l'automobile représentent 12 % du budget des ménages français.L'entretien, la réparation et les achats de pièces détachées absorbent à eux seuls 37 % de ces dépenses, contre 28 % pour la consommation de carburant et de lubrifiants et 24 % pour l'achat du véhicule.Hors inflation, les prix des prestations d'entretien ont augmenté de 17 % depuis 2000, selon l'Insee, tandis que le coût des interventions de réparation bondissait de 36 %.

Arielle GONCALVES, Les Echos, 08/10/2012

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