Klépierre et Corio créent un géant des centres commerciaux

09.08.2014, source : Les Echos.fr

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Le français veut fusionner d’ici à début 2015 avec le néerlandais pour ses cinquante-sept centres commerciaux. Il offre de payer en actions. Les actionnaires de Corio devraient soutenir le projet.
 

Avec le géant Unibail-Rodamco et son dauphin Klépierre, les français étaient déjà leaders européens de l’immobilier de centres commerciaux. Une méga-fusion va encore renforcer leur poids. Klépierre a annoncé mardi 29 juillet qu’il lancera au quatrième trimestre une fusion par échange de titres avec le néerlandais Corio, sous réserve du feu vert des assemblées générales des deux groupes. L’opération, qui valorise Corio 4,2 milliards d’euros en Bourse (7,2 milliards en valeur d’entreprise, en tenant compte de sa dette), porterait le portefeuille de centres commerciaux du groupe français de 14 à 21 milliards d’euros.

Ce sera une intégration totale ou rien, a prévenu Klépierre. L’offre publique d’échange, qui devrait être finalisée au premier trimestre 2015, est conditionnée à l’obtention de 95 % du capital de la cible, ou 80 % si l’AG de Corio a approuvé la fusion. Le français a déjà le soutien du principal actionnaire (31 % ) du néerlandais, le fonds de pension APG. Les actionnaires devraient, a priori, bénir l’union qui sera relutive sur les profits dès 2015. D’ailleurs, le cours de Corio a bondi de 13 % à son pic mardi 24 juillet, quand celui de Klépierre baissait pour s’ajuster aux parités d’échange annoncées.

Une intégration totale

La foncière française n’en est pas à son coup d’essai : elle s’est déjà rapprochée du leader scandinave Steen & Strom. Elle récidive et n’avait d’ailleurs guère le choix. Elle recentre, en effet, son portefeuille sur les centres commerciaux de grande taille et cède les autres. Encore fallait-il trouver pour l’avenir ces grands centres, sachant que les extensions de centres existants ont des limites, les autorisations d’ouverture sont rares en France, les opportunités d’acquisition plus rares encore. Les investisseurs se ruent sur l’immobilier de commerce et la demande explose : 14,7 milliards d’euros y ont été investis en Europe au deuxième trimestre, en hausse de 68 % sur un an, selon le conseil Cushman & Wakefield.

Racheter une foncière fait donc gagner du temps et de l’argent. Klépierre a sauté sur l’opportunité que constituait Corio, dont le dirigeant Gerard Groener avait souligné la faiblesse en présentant, en février, des résultats annuels 2013 marqués par un recul des revenus locatifs après une « année très difficile ». « Clairement, nous ne sommes pas satisfaits des performances opérationnelles », avait-il alors déclaré, comme un appel du pied. D’ailleurs, le caractère opéable de Corio était si reconnu que son action montait depuis décembre…
Le futur ensemble présent dans 16 pays

La fusion rapprocherait Klépierre du numéro un européen Unibail-Rodamco, né en 2007 de la fusion, déjà, d’une foncière française et d’une autre néerlandaise. Ce dernier est présent dans douze pays d’Europe via quatre-vingt-trois grands centres valorisés 27 milliards, contre un portefeuille de 21 milliards d’euros pour le tandem Klépierre-Corio, avec 182 centres. Le futur ensemble sera présent dans seize pays, Corio apportant l’Allemagne, la Turquie et les Pays-Bas.

L’actionnaire américain de Klépierre, Simon Property, leader mondial des centres commerciaux présent sur trois continents, a les reins solides et mise visiblement sur la consolidation du secteur en Europe. Pour préparer à terme un rapprochement transatlantique ? C’était le rêve du marché quand Simon Property a pris 29 % de Klépierre. Pour l’instant il n’en est pas question, et le géant américain ne profitera pas de la fusion pour se renforcer : il est prévu qu’il détienne, après dilution, 18,5 % de la nouvelle entité.

Myriam CHAUVOT, Les Echos, 30/07/2014.

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