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Intégrer la responsabilité sociale dans le pilotage stratégique des entreprises

07.11.2011, source : Les Echos.fr

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L’un des principaux défis en matière de responsabilité sociale et environnementale (RSE) des entreprises est de créer de la valeur sans creuser les inégalités. Comment prendre les bonnes décisions ? De quels outils de prévisions et de suivi se doter ? Retour sur la réflexion et les premières conclusions d’un groupe d’experts mobilisé par le World Forum de Lille, dont l’édition 2011 débute le 15 novembre.

Les entreprises ont de plus en plus de comptes à rendre sur leurs actions et leurs stratégies. Comme le souligne Elisabeth Laville, présidente d’Utopies, agence de conseil en développement durable : « Nous sommes passés d’une logique du "trust me" ("tu peux me croire") à une logique du "prove me" ("prouve-le"). Les parties prenantes jugent les intentions affichées à l’aune de la performance constatée et comparée : 90 % des Français pensent que les entreprises ne s’engagent sur l’environnement que pour des raisons commerciales, alors que ce chiffre n’est que de 40 % au Japon. »

De ce constat découlent deux tendances essentielles, mises en avant par le think tank du World Forum Lille Institute : tout d’abord, la nécessité de modifier la présentation des indicateurs de performances pour se diriger vers un « reporting » 360 degrés et permettre ainsi de mieux coller aux attentes de chaque partie prenante ; par ailleurs, le besoin d’intégrer le « reporting » développement durable au « reporting » financier, pour le transformer en outil de création de valeur.

Dans ce cadre, trois cas d’école viennent étayer la réflexion du groupe d’experts. Par exemple, la mise en place d’une comptabilité verte chez McDonald’s a permis au groupe de restauration d’intégrer dans sa comptabilité classique le coût des émissions de CO2 émises par ses restaurants, mais aussi sur un périmètre qui intègre toute la filière en amont et en aval. De son côté, Nature et Découvertes a lancé, dès 2005, une ambitieuse politique de bilan carbone. Chaque service dispose d’un quota carbone annuel et les collaborateurs remplissent une « note de frais CO2 », afin de suivre les émissions liées aux déplacements. Les fournisseurs sont également accompagnés dans cette démarche via une interface Internet. Enfin, IDGroupe travaille sur les notions de plaisir et de déplaisir liés au travail et fonde sa réflexion autour d’indicateurs tels que la clarté du système de rémunération ou le sentiment d’un traitement équitable des collaborateurs.


Utiliser les bons indicateurs

De fait, chaque entreprise a intérêt à se concentrer sur un nombre limité d’indicateurs. Selon les membres du think tank, il y en a environ une quinzaine, certains universels (consommations d’eau et d’énergie, émissions de CO2), d’autres plus sectoriels. D’après Claude Lenglet, copilote du World Forum Lille Institute, « ces indicateurs ont un rôle dans le pilotage de la démarche, en lien avec la stratégie globale de l’entreprise. Ce travail de "reporting" doit pouvoir servir les objectifs d’innovations d’une entreprise. Il peut influencer ses actions futures, faire évoluer ses pratiques et pourquoi pas son offre. »


La bonne mesure de la responsabilité sociale et environnementale (RSE) est aussi la meilleure manière de s’inscrire dans une logique pérenne. « Le "reporting" doit permettre aux entreprises de mettre en relation les enjeux RSE et leur modèle économique, explique Patrick d’Humières, conseil stratégique en développement durable à l’Institut RSE Management. Cela ne doit pas seulement servir à voir où l’entreprise se situe à un instant T, mais à connaître sa marge de progression et à fixer de nouveaux objectifs. Trois types d’indicateurs sont alors essentiels dans le "reporting" : les indicateurs de conformité (NRE, Grenelle II), les indicateurs d’engagement et les indicateurs de management. Il faut aussi savoir aller à l’essentiel. La transparence pour la transparence n’est pas utile, certaines entreprises ont tendance à rapporter trop d’informations qui ne sont pas pertinentes. » C’est en se concentrant sur ce qui est stratégique que la réflexion peut être suivie d’effet. « Aujourd’hui, analyse Patrick d’Humières, 20 % des entreprises peuvent être considérées comme pionnières sur ces questions. 30 % sont clairement en retard et le reste est au fil de l’eau. »


Jérémy REBOUL, Les Echos, 03/11/2011

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