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Innovation : PayPal entre dans les boutiques grâce à la mobilité

13.03.2013, source : Les Echos.fr

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La filiale de paiement en ligne d’eBay lance une offre de proximité liée au smartphone, PayPal Here. Elle veut désormais bâtir son succès sur le potentiel révélé par de « nouvelles expériences de shopping ».

Cap sur le marché européen. En février, la filiale de paiement en ligne d’eBay, PayPal, a annoncé le lancement d’un nouveau service destiné aux petits commerçants du Vieux Continent. Dès cet été, les chauffeurs de taxi ou les marchands de quatre-saisons en Grande-Bretagne vont pouvoir brancher sur la prise audio de leur smartphone un minuscule lecteur de carte bancaire. Le client devra rentrer son code secret pour payer. « Le terminal coûte moins de 100 livres, et les commissions que nous prélevons sont inférieures à 3 %. Nous voulons convaincre les commerçants qui n’ont jamais pris de paiements numériques », explique Anuj Nayar, un porte-parole du groupe. Ce service de proximité PayPal Here a déjà été lancé il y a un an aux Etats-Unis, au Canada, en Australie, à Hong Kong ou au Japon, mais sans lecteur de carte à puce. « C’est un vrai carton aux Etats-Unis, affirme David Marcus, le président de PayPal. Le potentiel est énorme : nous sommes entrés sur un marché de 8 millions de marchands où nous avons déjà 50 millions de clients consommateurs. »

Alors que l’essor des smartphones provoque une hybridation du commerce, où les courses en magasin ressemblent de plus en plus à des achats en ligne et vice versa, PayPal expérimente d’autres « expériences de shopping ». En France, par exemple, le groupe mène un pilote dans 30 restaurants McDonald’s. On peut réserver à l’avance sa place au restaurant, payer son repas, et récupérer sa commande dans une file prioritaire, à l’aide d’un QR Code chargé sur son mobile. Autre exemple : dans les hypermarchés de Toys’’R’’ Us aux Etats-Unis, vous êtes accueilli par un écran tactile géant qui vous recommande des jouets en fonction de vos questions, indique l’itinéraire, voire l’envoie sur votre téléphone ainsi qu’un coupon d’achat. Le commerce électronique n’est plus figé, il peut se reconfigurer à l’infini lorsqu’on transporte sa connexion Internet avec soi. « L’année dernière, nous avons supprimé notre division mobile, souligne Anuj Nayar. Car à présent, la mobilité fait partie de tout ce que nous faisons. »

Exploiter ses avantages

Alors que PayPal s’hybride en entrant dans le commerce de proximité, les compagnies de cartes de crédit, elles, entreprennent le chemin inverse. Visa et Mastercard viennent de lancer une offre complètement dématérialisée pour payer en ligne. Mais, pour David Marcus, « les difficultés opérationnelles vont être importantes pour ces sociétés. Contrairement à nous, qui avons des relations directes avec les consommateurs et les commerçants, elles ne contrôlent pas l’expérience de bout en bout puisqu’elles doivent passer par les banques qui formulent les offres. » Certes, les sociétés de cartes peuvent récompenser la fidélité de leurs clients, avec des programmes à points, des coupons, mais il leur est plus difficile de tester les fameuses nouvelles « expériences de shopping », considère-t-il. La culture de PayPal est un avantage dans la compétition : « Chez nous, il y a un examen de passage pour chaque innovation : l’intérêt du consommateur, qui doit conserver le contrôle. C’est ce qui fait que nous n’enverrons jamais une alerte sur un mobile à 2 heures du matin parce que ce serait une interaction perdue ! »

La filiale d’eBay a peut-être plus à craindre des autres acteurs du commerce en ligne, puisque son objectif est avant tout de conquérir le marché des paiements via Internet. « C’est la principale opportunité de croissance. Ce marché est 17 fois plus petit que le commerce physique », selon David Marcus. Amazon, qui a créé son propre service de paiement intégré, partage avec Paypal une culture orientée vers le service. « Nous ne sommes pas en concurrence avec Amazon, car nous n’avons pas d’inventaire en propre chez eBay », relativise David Marcus. Néanmoins, le géant de la distribution connaît ses très nombreux clients sur le bout des doigts, et peut leur proposer des offres sur mesure grâce à ses logiciels de recommandation.

Solveig GODELUCK, Les Echos, 11/03/2013

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