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Innovation : le « paiement sans contact » se déploie dans les transports des grandes villes

14.10.2012, source : Les Echos.fr

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En France, la moitié des paiements se font par Carte Bleue, mais le déploiement des techniques de paiement sans contact commence à se mettre en place. Marseille, Nantes, Nice, Caen, Strasbourg, les villes ont mis autour de la table les opérateurs téléphoniques, les autorités organisatrices de transport, les commerçants et les banquiers avec un seul but : faciliter la vie des habitants... et réduire les coûts.

Hier, le conseil municipal de Marseille a voté la convention de partenariat et de soutien financier avec l’Etat et la Caisse des Dépôts, qui organise l’implantation de son bouquet de services numériques mobiles. Utilisant la technique NFC (voir ci-contre), elle permettra à des puces installées sur carte ou dans son téléphone de communiquer avec des terminaux de paiement ou d’accès. Le développement total s’étalera sur trois ans. « Il permettra de fluidifier les services d’intérêt collectif de l’aire métropolitaine dans les domaines de la mobilité, de l’information citoyenne, du tourisme, de la culture, de la santé, du monde universitaire et du commerce », résume son coordinateur, Christophe Martin.

Dotés de cette puce « multi-opérable », les usagers pourront payer une liste impressionnante de services. Emprunter n’importe quel transport collectif, vérifier son horaire en temps réel, prendre un vélo, entrer dans un musée, disposer d’un audioguide sur son téléphone, accéder aux piscines. Sans oublier, payer une consultation hospitalière, régler son repas universitaire... ou présenter ses coupons de fidélité aux commerçants de la ville. Au total, 22 services sont concernés par cette implantation, qualifiée par le ministère de l’Industrie comme une des plus ambitieuse du pays par son montant (6,7 millions d’euros). « La difficulté de ce dossier est de construire une architecture cohérente qui assure un fonctionnement sans rupture entre les usages », commente un expert. Le maître d’oeuvre sera choisi d’ici à novembre.

Parmi les infrastructures concernées, les 900 horodateurs de la ville seront équipés en 2013 de lecteur à la norme sécurisée mise au point par le groupement Visa Mastercard. Leur modernisation va engloutir environ 1 million d’euros. Pour le gestionnaire c’est moins de maintenance et plus de confort. La police municipale sera aussi équipée de terminaux mobiles... pour dresser plus facilement les procès-verbaux.

Le déploiement de cette technique s’effectue dans le cadre de l’appel à projets « ville intelligente NFC » lancé en 2011 dans le cadre des investissements d’avenir. Sur les 15 projets présentés, 9 ont été retenus, représentant pas moins de 43 millions d’euros d’investissement. L’Etat ajoute de son côté 25 millions d’euros.

Bordeaux déjà connecté

Si Marseille a choisi un lancement ambitieux... mais sur trois ans, Bordeaux, plus modeste, permet déjà à ses habitants d’expérimenter un paiement par carte. Une quinzaine de services municipaux depuis la piscine, le stationnement résidentiel ou encore l’accès à la cantine se convertissent à la technologie NFC. 15.000 cartes sur 85.000 en circulation sont déjà utilisables sans contact. Dès l’an prochain, les Bordelais pourront, s’ils le désirent, choisir de l’intégrer à leur mobile. « L’Etat débourse, via la Caisse des Dépôts, 25 millions d’euros pour promouvoir l’utilisation du sans-contact, mais dans le même temps Bercy n’a pas validé les équipements nous permettant de faire du paiement municipal », s’agace un spécialiste chargé du projet à la mairie de Bordeaux. Fin 2011, le Grand Besançon a choisi le groupement Vix Technology et Parkeon pour fournir le nouveau système de billetterie de son réseau.

Dans ce paysage complexe, toute la difficulté est de savoir par où commencer et convaincre les utilisateurs. On se souvient de la difficulté qu’a eue le Syndicat des transports d’Ile-de-France à faire accepter le passage de la carte Orange au passe Navigo. La Commission nationale de l’informatique et des libertés a dû contraindre le syndicat de créer une version anonyme.

Strasbourg a choisi le stationnement. 763 horodateurs et 15 parkings en ouvrage sont équipés depuis l’été dernier. A terme, la ville espère économiser le traitement annuel de 46 tonnes de monnaie. Le système est géré par le Crédit Mutuel, qui a par ailleurs équipé des milliers de commerces alsaciens de bornes de paiement sans contact. Elle admet un peu de retard dans la création de l’application pour les transports et évoque le premier trimestre 2013 comme date de lancement.

Enfin, Caen, qui fut le berceau dans les années 2000 de la technologie et dispose d’un pôle de compétitivité spécialisé, s’apprête elle aussi l’an prochain à équiper son réseau de transport. Des passes réservés au commerce et au tourisme sont également envisagés. En Bretagne, les élus ont démarré en apprenant aux opérateurs à fonctionner ensemble autour de la carte Korrigo. Elle permet aux usagers d’utiliser tous les différents modes de déplacement, le TER, les bus, le métro à Rennes, le tramway à Brest, les cars départementaux dans le Finistère, les Côtes-d’Armor et l’Ille-et-Vilaine, les vélos et même le système d’auto-partage City Roul à Rennes et à Saint-Malo. « Une réflexion est en cours pour faire évoluer ce système de billettique et en donner l’accès aux smartphones », explique Frédéric Clech au réseau STAR, filiale de Keolis chargée des transports de l’agglomération rennaise. Mais les équipements informatiques nécessaires ne sont pas encore en place.

Les techniques disponibles
  • NFC. Payer avec son téléphone portable ou avec une Carte Bleue en s’approchant d’un terminal utilise une technologie que les spécialistes ont baptisée « en champs proches », NFC (Near Field Communication). Elle permet d’échanger des données entre un lecteur et n’importe quel objet communicant (mobile, carte à puce) ou entre les terminaux eux-mêmes.

Le téléphone doit être équipé de cartes Sim compatibles. Elles sont vendues chez Orange depuis l’été dernier. SFR de son côté va lancer une carte de paiement dans les prochains jours.

  • Par SMS ou flashcode. Moins coûteuses, d’autres techniques permettent, comme à Belfort, de payer son billet par SMS. Dans cette ville, il suffit d’envoyer BUS à un numéro pour recevoir instantanément un SMS faisant office de titre de transport. A Nantes, l’usager doit télécharger une application. Le titre de transport se transforme en un « flashcode ».
  • Cartes de post paiement.

Pour optimiser son réseau de bus, le Territoire de Belfort a supprimé la vente à bord en proposant un système de carte post-paiement. L’usager passe sa carte Optymo devant le valideur, qui enregistre le voyage, et ne paiera, à la fin du mois, que les trajets effectivement réalisés.

A lire sur le même sujet :

Paul MOLGA, Didier BONNET, Franck NIEDERCORN, Philippe LEGUELTEL et Stanislas DU GUERNY, Les Echos, 09/10/2012

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