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Indépendants : de fortes disparités de revenus selon les métiers

04.08.2011, source : Les Echos.fr

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1,6 million de Français identifiés comme travailleurs indépendants ont un revenu d'activité moyen de 28.400 euros, selon une étude de l'Insee. Mais ce chiffre dissimule de forts écarts, selon le secteur d'activité ou au sein d'une même profession. Parmi eux,13 % affichent un revenu nul ou négatif.

Qui n'a jamais rêvé d'être son propre patron ? Outre la possibilité de décider soi-même de ses horaires, le statut d'indépendant suscite parfois des vocations par ses possibilités de rémunérations supérieures au salariat. Une étude de l'Insee publiée le mois dernier le confirme : en 2008, les 1,6 million de travailleurs indépendants du commerce, de l'industrie, du BTP et des services (c'est-à-dire hors agriculteurs et professions libérales de santé) affichaient un revenu annuel moyen de 28.400 euros. Soit nettement plus que le salaire moyen : 18.800 euros net tous temps de travail confondus, toujours selon l'Insee.

Pour autant, comme le signale l'étude, cette moyenne dissimule de très fortes disparités. Si les 10 % les mieux rémunérés dégagent de leur activité un revenu supérieur à 64.100 euros, la moitié des indépendants perçoivent un revenu inférieur ou égal à 16.400 euros. Ces différences sont notamment liées aux secteurs d'activité. Le revenu moyen représente par exemple 18.100 euros pour les commerçants au détail, contre 99.600 euros pour les juristes. Les professionnels de la finance et de l'assurance perçoivent 57.700 euros, les chauffeurs de taxi 16.800 euros.
Les écarts sont également marqués au sein même de certains secteurs d'activité. Ainsi, dans les métiers de l'information et de la communication, les non-salariés figurant parmi les 25 % les mieux rémunérés gagnent en moyenne 19 fois plus que les 25 % les moins bien rémunérés. Autre facteur d'inégalité, l'ancienneté dans l'entreprenariat. L'Insee souligne qu'une entreprise créée dans l'année procure à son dirigeant un revenu de 117 % inférieur à une entreprise ayant entre 5 et 10 ans. Par ailleurs, la géographie a un aussi un impact : les Franciliens gagnent 36 % de plus que les non-salariés des autres régions.


Sensibilité à la conjoncture 

De surcroît, les revenus des indépendants sont plus sensibles à la conjoncture. Conséquence de la crise, ils ont diminué de 3,4 % entre 2007 et 2008, alors que le revenu moyen des salariés, lui, est resté stable. Si l'industrie a été le secteur le plus affecté par la crise dans l'ensemble de l'économie, c'est celui des services qui a affiché la plus forte baisse de revenus chez les non-salariés (- 4,9 % ), avec des creux à - 9,2 % dans la finance (- 27,7 % en Ile-de-France) ou encore - 12,8 % dans l'immobilier. Parmi les rares secteurs à bénéficier d'une rémunération accrue entre 2007 et 2008 : l'art (+ 4,7 % ) ainsi que l'information et la communication (+ 4,1 % ). La mauvaise conjoncture a surtout pénalisé les revenus des entrepreneurs qui venaient de se lancer : pour ceux qui avaient débuté leur activité avant 2007 (soit les trois quarts environ de cette population), le revenu moyen a progressé de 1,1 % sur la même période.

L'Insee souligne enfin que 13 % des indépendants ont déclaré un revenu nul ou négatif en 2008. Ce taux grimpe à 33,4 % lors de la première année d'existence de l'entreprise. La proportion de non-salariés à revenus nuls est également plus forte (18,5 % ) chez ceux qui ont opté pour le statut de gérant majoritaire de société. Ceux-ci ont en effet la possibilité de se rémunérer en dividendes plutôt qu'en revenus d'activité. Cela n'est pas possible pour les indépendants sous statut d'entrepreneur individuel, pour qui un revenu négatif ou nul signale vraiment un déficit du compte d'exploitation. Parmi eux,10,5 % sont dans ce cas.

Charles Guay Les Echos le 03/08/2011

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