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Immobilier : la formation des professionnels en question

01.02.2011, source : Les Echos.fr

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Plusieurs entreprises se mobilisent pour rendre obligatoire la formation des agents immobiliers. Une manière pour les grands réseaux qui ont les moyens d'assurer cet apprentissage de conserver leur part de marché.


 Des cadres en mal de reconversion, des femmes au foyer, des retraités... tout le monde peut devenir agent immobilier si l'on en croit Jacques Depratère, le directeur général du réseau Optimhome. Ses négociateurs répartis dans toute la France dépendent d'un siège social et travaillent grâce à quelques cartes professionnelles. « Tous n'ont pas vocation à faire fortune, pour certains, quelques ventes par an suffisent. » Plusieurs réseaux mettent ainsi en avant les avantages d'un recrutement « non spécialisé », c'est-à-dire de personnels non formés, mais « motivés » ou encore « qui ressemblent à nos clients », surtout dans le luxe, ou encore « ayant un bon contact »...

Carte T

« Agent immobilier, c'est un métier, pas un hobby. Cette pratique pose quand même quelques questions, s'énerve Bernard Cadeau, le patron du réseau Orpi. Certaines préfectures nous refusent parfois d'ouvrir des boutiques franchisées dans deux départements, même frontaliers, au prétexte que le titulaire de la carte ne pourra pas contrôler le travail sur le terrain, imaginez avec 1.000 agents dans toute la France. »

Seul le directeur d'agence est tenu de détenir la fameuse carte T (transaction) pour pouvoir travailler, il lui faut pour cela justifier d'un diplôme bac + 3 ou d'une expérience professionnelle. Dans les faits, les forums Internet regorgent d'offres de prêt ou de location de cartes pour 2.500 à 3.000 euros par mois. « La crise est passée trop vite, pense Fabrice Abraham, le directeur du réseau Century 21. Elle n'a pas fait le ménage nécessaire parmi tous ceux qui se sont lancés sur ce marché lorsque tout se vendait à n'importe quel prix. Nous défendons l'idée que les agents suivent des cours de droit, d'économie, de fiscalité... et leur proposons au sein de notre réseau neuf mois de formation en alternance. Avec d'autres, nous sommes en discussions avec la chancellerie pour modifier la loi Hoguet. » En 1972, au moment de la publication des décrets du texte de 1970, les structures comptaient plus souvent une personne que trois ou quatre comme c'est souvent le cas aujourd'hui.

« La réforme des syndics [de copropriété] arrive enfin, après de nombreux scandales dans la profession, il faudra sans doute attendre des preuves de l'incompétence de nombreux agents immobiliers pour que quelque chose bouge enfin », pense un professionnel. En 2007, une enquête de la Direction générale de la concurrence et de la répression des fraudes (DGCCRF) réalisée auprès de 1.070 agences dans 51 départements révélait chez 830 d'entre elles des pratiques non conformes à la loi. Cela n'a pas suffi. Nombre de ces erreurs -défaut de connaissance plus que larcins -seraient sans doute évitées si les professionnels commençaient par se familiariser avec les règles de leur métier.

Catherine SABBAH, Les Echos, 27/01/2011

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