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Immobilier commercial : Docks en Seine reste à quai

17.09.2010, source : Les Echos.fr

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L'innovation architecturale ne suffit pas. A Paris, un bâtiment à la forme inédite, publié dans le monde entier, est aux trois quarts vide deux ans après sa livraison.

Il flotte comme un air d'abandon sur ce grand vaisseau inoccupé amarré au 28-30, quai d'Austerlitz, à Paris. Derrière la façade de la grande sauterelle verte prête à plonger dans la Seine, l'Institut français de la mode occupe moins d'un quart de Docks en Seine, cet espace construit à l'emplacement des anciens Magasins généraux. L'innovation de l'équipe d'architectes Jakob et MacFarlane n'a pas suffi à convaincre. Derrière ces tubes de verre et de métal éclairés chaque nuit, étaient attendus un restaurant, des boutiques de vêtements ou de mobilier contemporain, de quoi faire rayonner la création. Un tiers de ces 15 000 m 2 devait s'ouvrir à de grands événements culturels, des promenades accueillir les Parisiens sur les terrasses en balcon sur le fleuve, dès l'automne 2008. Depuis ? Rien. Les constructions en béton armé de 1907, rénovées par la Caisse des Dépôts et Consignations (CDC) pour 40 millions d'euros sont toujours quasiment vides. Mauvaise localisation ? Erreur de marketing ? De conception ? Un peu des trois sans doute. « On nous promettait des grandes marques comme l'Apple Store, en fait, seuls des franchisés étaient prêts à venir. L'idée était plus ambitieuse qu'une galerie commerciale classique », regrette Jean-Michel Grau, un temps détaché du cabinet du maire de Paris pour tenter de remettre à flot le navire. Lui aussi l'a quitté. D'abord géré par les équipes d'Icade, le dossier a été récupéré par la CDC et par la Ville.


« Coques froides »

« J'avais de très bons candidats, mais le dossier n'avançait pas », se souvient l'une des commercialisatrices. Les loyers demandés en 2008 par le gestionnaire étaient trop élevés -de 280 et 1 200 euros le mètre carré - pour un quartier mal identifié par les Parisiens comme par les touristes. Attirer des commerces est encore difficile pour l'aménageur du quartier voisin de Paris-Rive gauche contraint de brader les surfaces en pied d'immeubles pour attirer et fixer les enseignes. « Les espaces étaient proposés bruts, les commerçants désireux de s'installer devaient tout aménager à leurs frais, ce sont des investissements considérables », explique un restaurateur, un temps intéressé. Ces « coques froides », dans le jargon commercial, devraient être proposées « chaudes » dans la nouvelle configuration, prévue pour l'été 2010 mais à nouveau retardée de plusieurs mois.

En attendant, des événements sont organisés, des conventions de grands groupes, des défilés de mode… Des expositions du Designers's Day en juin dernier. « Il faut déjà aller jusque là-bas, commente une habituée de ces shows. Et puis la salle est si basse de plafond que les mannequins se cogneraient au plafond si l'on installait un podium. » « Il n'y avait pas de monte-charge dimensionné pour l'endroit, déplore un autre critique, comment imaginer des spectacles d'envergure ? » Le contenu théorisé il y a plusieurs mois par Jean-Michel Grau n'est toujours pas très clair : « Des restaurants pour les étudiants plutôt qu'un gastronomique à 150 euros le déjeuner, une librairie, un café Starbucks peut-être, des boutiques éphémères… », énumère-t-il, sans autre précision car rien n'est encore signé.

Le magasin de design Silvera a en tout cas jeté l'éponge et préféré ouvrir une boutique au pied de l'hôtel Marriott avenue de Wagram dans le 8 e arrondissement. Perrine Houdoux Stoclet, directrice de l'exploitation nouvellement nommée, promet que le lieu sera bientôt ouvert à tous.

Catherine SABBAH, Les Echos, 16.09.10

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