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Ikea lève le mystère sur ses comptes et ses profits record

06.10.2010, source : Les Echos.fr

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Tout fini par arriver. Même un minimum de transparence de la part d'entreprises familiales non cotées et, donc, non tenues de publier leurs chiffres. Pour la première fois dans son histoire qui remonte à 1943, le groupe suédois Ikea a publié vendredi son résultat net consolidé. Jusqu'à présent le spécialiste de l'ameublement, contrôlé par la Stichting Ingka Foundation à travers un holding de droit néerlandais, se contentait de communiquer son chiffre d'affaires. Et l'information est des plus intéressantes : pour son exercice fiscal 2008-2009, clos le 31 août, Ikea a dégagé un bénéfice net de 2,5 milliards d'euros, sur un chiffre d'affaires de 21,8 milliards. Soit une rentabilité de 11,5 %  qui constitue une véritable performance. Un taux de 12 %, environ, c'est 3 points de plus que le niveau de résultat opérationnel de Marks & Spencer et plus du double de celui de Kingfisher (la maison mère de Castorama), tels qu'indiqués dans une récente étude de l'agence Fitch. La rentabilité d'Ikea est digne de celle d'un industriel, ce qui n'est pas véritablement étonnant, dans la mesure où le groupe assure la conception de tous ses produits et la fabrication de certains d'entre eux. On comprend mieux, également, comment Ingvar Kamprad, le fondateur, a pu accumuler, selon « Forbes », plus de 22 milliards de dollars de fortune personnelle, faisant de ce pionnier du discount l'un des Européens les plus riches…

D'autres indicateurs attestent de la bonne santé d'Ikea. Le résultat net 2008-2009 est annoncé en progression de 11,3 % sur un an. Les ventes ont, elles, crû de 1,4 % seulement. Mais elles ont vite redécollé puisque le document financier publié vendredi indique un chiffre d'affaires 2009-2010 de 23,1 milliards d'euros, en hausse de 7,7 %. Au total, les ventes ont quasiment triplé depuis 1999 (7,6 milliards d'euros). Le groupe est financièrement très sain. Ses fonds propres s'élèvent à 19,7 milliards d'euros et sa trésorerie est positive avec 14,3 milliards de trésorerie et 13,1 milliards de dette ! Précisons que les données incluent et les magasins et l'activité industrielle (Swedwood et Swedpan) ainsi que les services centraux et logistiques.

Une phase de « consolidation »


En 2010, le groupe, présent dans 26 pays avec 280 magasins, est arrivé en Roumanie. Il projette désormais, à moyen terme, des ouvertures en Serbie et en Croatie ainsi qu'en Corée du Sud. Une expansion s'inscrivant dans le cadre du plan stratégique lancé il y a un an et baptisé « Faire grandir Ikea, ensemble ». Un plan qui table notamment pour la France sur la création de 12 nouveaux points de vente à l'horizon de 2020.

Dans l'introduction des 27 pages publiées vendredi, Goran Grosskopf, président du holding de tête Ingka, parle cependant d'une phase de « consolidation » succédant à « dix ans de croissance extraordinaire ». De fait, les ventes 2008-2009 ont baissé de 1,1 % à surface comparable. De son côté, Mikael Ohlsonn, le directeur général du groupe, évoque « des coûts de structure plus bas dont les gains seront réinvestis dans la baisse des prix ». Depuis dix ans, la croissance d'Ikea se fait au prix d'une baisse de 2 % à 3 % des tarifs des produits. Un coût qu'il sera peut-être difficile de continuer à autofinancer. Ce qui peut expliquer pourquoi le groupe publie désormais ses données financières.

PHILIPPE BERTRAND, Les Echos, 04.10.10
 

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