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Hôtellerie : en cédant sa chaîne Motel 6, Accor se libère de son boulet américain

28.05.2012, source : Les Echos.fr

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Le groupe hôtelier français sort du marché de l’hôtellerie économique en Amérique du Nord en cédant pour 1,9 milliard de dollars sa chaîne Motel 6 au fonds américain Blackstone, premier propriétaire d’hôtels au monde. Il entend accélérer son développement en Asie et Amérique latine.

plus de vingt ans après avoir fait son entrée sur le marché de l’hôtellerie économique en Amérique du Nord, par l’acquisition de Motel 6 en 1990, le groupe Accor en sort définitivement. Il a annoncé, hier, la vente de cette chaîne économique de plus d’un millier d’hôtels (107.350 chambres), présente uniquement aux Etats-Unis et au Canada, au fonds d’investissement Blackstone pour 1,9 milliard de dollars (1,5 milliard d’euros). La transaction ne rapportera toutefois que 330 millions d’euros de cash à Accor.

Car pour finaliser l’opération, ce qui est prévu pour octobre, le groupe devra exercer son option de rachat, pour 1,4 milliard de dollars, des hôtels pour lesquels il versait un loyer fixe aux propriétaires des murs, avant de les recéder à Blackstone. Ce rachat fera enregistrer à Accor « une perte comptable exceptionnelle » d’environ 600 millions d’euros, a précisé le groupe dans un communiqué. Un impact qui était anticipé et n’a donc pas douché l’enthousiasme de la Bourse, satisfaite de voir le groupe hôtelier se débarrasser enfin de son maillon faible. Le cours de l’action Accor a terminé en hausse de 5,81 % , à 26,03 euros, hier à la Bourse de Paris.

Enseigne la moins rentable du géant français de l’hôtellerie, « Motel 6 avait un modèle économique inadapté au groupe et ne présentait pas de synergie avec nos autres activités », a expliqué le PDG d’Accor, Denis Hennequin, lors d’une conférence téléphonique. En 2007, déjà, Accor avait cédé Red Roof, son autre chaîne américaine d’hôtels économiques. L’hôtelier français restera aux Etats-Unis dans le haut de gamme avec ses marques Sofitel et Novotel dont il continuera « normalement le développement », a précisé Denis Hennequin.


Ibis nouveau fer de lance

Mais l’important pour le patron d’Accor, ancien de McDonald’s Europe, arrivé à la tête du groupe fin 2010 est de pouvoir accélérer la mise en place de sa stratégie de marques mondiales, avec comme fer de lance Ibis sur le segment économique dans les zones Asie-Pacifique et Amérique latine. Leader incontesté en Europe, numéro un en Australie et au Brésil, selon MKG, cabinet d’études spécialisé dans l’hôtellerie, Accor entend faire du « leadership » de ses marques sur ses deux zones « un levier essentiel de notre croissance future », a assuré Denis Hennequin. Il a profité de cette occasion pour annoncer la finalisation de l’acquisition des 48 hôtels Mirvac (6.100 chambres), présents en Australie et en Nouvelle-Zélande.


« C’est une stratégie logique parfaitement adaptée à l’évolution du secteur et destinée à contrer la mainmise des grands sites de distribution et de réservation que sont Booking.com, Expedia ou Amadeus », a commenté aux « Echos » Georges Panayotis, le PDG de MKG.

En outre, Accor consolide ainsi son profil dit « asset light », privilégiant les hôtels en franchise, en location variable ou en contrat de management plutôt que ceux en pleine propriété. Au terme de cette opération, qui ramènera Accor du 5 e au 6 e rang mondial, selon MKG, le groupe aura 77 % de son parc en « asset light », très proche donc de son objectif de 80 % fixé pour 2015.

Tout en veillant à respecter ses équilibres financiers, Accor utilisera le cash résultant de la vente avec une part allouée aux marques et à la distribution, une autre à la restructuration d’actifs et pour des acquisitions, et enfin une dernière destinée aux actionnaires.


Antoine BOUDET, les Echos, le 24/05/2012

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