Les secteurs

Hôtellerie : Accor bascule dans une ère nouvelle avec l'arrivée de Bazin à sa tête

01.09.2013, source : Les Echos.fr

imprimer

S’il plaît à la communauté financière, le nouveau PDG du groupe hôtelier, nommé le 27 août par son conseil d’administration, va devoir rassurer en interne. Sébastien Bazin a dû renoncer à Colony Capital Europe pour prendre les commandes d’ Accor.

Une nouvelle donne a donc bel et bien été mise en place le 27 août dernier pour Accor. Le conseil d’administration du groupe hôtelier a effectivement entériné dans la matinée la nomination surprise de Sébastien Bazin en tant que PDG, mettant ainsi un terme au processus de remplacement de Denis Hennequin, « remercié » le 23 avril du fait de ses « réserves » sur la stratégie menée.

Dans un communiqué, l’entreprise a par ailleurs confirmé que Sébastien Bazin « a mis fin à tous ses mandats » chez Colony Capital, la société de capital-investissement d’origine américaine dont il dirigeait la branche européenne depuis 1997, afin de prendre en charge ses nouvelles fonctions. Selon nos informations, l’ex-patron Europe de Colony, premier actionnaire d’Accor avec Eurazeo - les deux sociétés d’investissement contrôlaient ensemble 21,42 % du capital et 30,08 % des droits de vote au 31 décembre -, a également transféré ses parts de sa désormais ancienne entreprise.

Avant même son officialisation, sa nomination à la tête d’Accor a été saluée par la communauté financière. Le cours de Bourse de l’opérateur hôtelier a en effet bondi dès l’ouverture de Nyse Euronext Paris, terminant toutefois la séance par une baisse de 1,51 % en clôture, à 28,795 euros, après avoir grimpé jusqu’à 30,35 euros. Le titre Accor n’a pas échappé au repli des marchés boursiers, nerveux du fait d’une éventuelle intervention militaire occidentale en Syrie. La Bourse de Paris a ainsi perdu 2,42 %.

Pour autant, la prise des commandes d’Accor par Sébastien Bazin, une hypothèse étudiée à partir de la fin juillet par le conseil, a clairement rassuré nombre d’analystes. Au-delà de la levée des incertitudes quant à sa gouvernance, elle consacre, il est vrai, un fin connaisseur de l’hôtellerie et du groupe dont il est, depuis 2005, membre du conseil de surveillance puis du conseil d’administration. En l’espèce, Sébastien Bazin a été partie prenante, en coulisses, de toutes les grandes ruptures d’Accor depuis huit ans, à savoir, entre autres, ses trois changements de patron, la vente de ses murs d’hôtels, l’amplification de son recours à la franchise, enfin, son recentrage sur l’hôtellerie avec pour point d’orgue la mise en Bourse, en juillet 2010, du très rentable pôle Services devenu la société Edenred.

Pas de changement dans la stratégie

Mais l’arrivée de Sébastien Bazin, qui militait fin 2011-début 2012 pour la création d’une foncière, a sur le coup jeté le trouble en interne, d’autant qu’elle se traduit par le départ du directeur général, Yann Caillère. Nommé le 23 avril dans le cadre de la gouvernance transitoire d’Accor, l’ancien directeur général délégué chargé des opérations et pilier du groupe n’avait pas caché qu’il le quitterait au cas où il ne serait pas confirmé à la direction générale, plaidant pour une dissociation avec la présidence du conseil. « Tout le monde est inquiet », indiquait notamment le 27 août le secrétaire général FO d’Accor, Gilles d’Arondel, et de s’interroger : « Y a-t-il dans la nomination de Sébastien Bazin une volonté de donner un coup de pied dans la fourmilière ? »

Le conseil d’administration, qui avait assuré de l’absence de changement de stratégie au moment des départs de Gilles Pélisson et de Denis Hennequin, tout en saluant leur action, n’a fait aucun commentaire hier sur ce sujet. « Il n’y a pas de changement de stratégie. Il revient à Sébastien Bazin de définir sa mise en oeuvre, son calendrier, son organisation, ses priorités », déclarait hier aux « Echos » Philippe Citerne, à nouveau vice-président du conseil, après avoir assuré sa présidence au titre de la gouvernance transitoire. « Oui, bien entendu, les salariés ont peur mais Sébastien Bazin a un projet pour Accor, qu’il nous annoncera rapidement », indiquait, pour sa part, Iliane Dumas, représentante (CFDT) du personnel au conseil, « assez positive » sur sa nomination.

Sébastien Bazin, qui a fait un choix de vie audacieux et sera jugé sur pièces, va à court terme privilégier l’interne comme pour mieux rassurer alors que d’aucuns s’inquiètent d’un démantèlement d’Accor, voire de sa vente. Il ne s’exprimera donc pas ce matin à l’occasion de la présentation des comptes semestriels du groupe qui, de manière inédite, feront l’objet d’une conférence téléphonique menée par la seule directrice générale finances, Sophie Stabile.

Christophe PALIERSE, Les Echos, 28/08/2013

Dernières actualités