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Habitat : le blues des constructeurs de maisons individuelles

07.11.2013, source : Les Echos.fr

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La construction de maisons individuelles recule. Les 1.900 entreprises spécialisées dans le secteur diffus s'adaptent grâce à la sous-traitance et en innovant.

Si la maison individuelle reste le rêve de trois Français sur quatre, le secteur souffre : les ventes reculent de 16 % cette année. Conséquence, 118.000 mises en chantier cette année contre 195.000 en 2006, année faste. Avec des causes qui se conjuguent : crise économique, manque de visibilité et surtout raréfaction des crédits, notamment pour les primo-accédants. Les professionnels ne cessant de reprocher au gouvernement le manque de soutien à l'accession à la propriété. Les choses ne vont pas s'arranger avec seulement 106.000 maisons vendues cette année, estime l'Union des maisons françaises. Pourtant, la maison individuelle construite en secteur diffus pèse lourd : on estime qu'une construction fait travailler deux personnes pendant un an.

Sous-traitance à des artisans

Pourtant, hormis quelques cas comme Maisons Ecureuil en Ile-de-France, Maisons du Trégor en Bretagne, les défaillances ne sont pas nombreuses et les constructeurs font le dos rond. « Les investissements sont repoussés et les entreprises s'adaptent », résume Christian Louis-Victor, le président de l'UMF. A l'image du groupe Maisons Pierre, qui a réduit ses effectifs de 300 à 250 personnes. Très atomisé, ce secteur de 1.900 entreprises compte aussi sur un modèle économique souple, reposant sur la sous-traitance à des artisans, et « vit encore pour partie sur les commandes passées et la trésorerie engrangée », estime André Caron, dont la société Caron Marketing compile les chiffres de la profession.

Une majorité de ces professionnels (environ 1.400) sont des TPE qui construisent moins de 20 maisons par an. Une douzaine d'acteurs font en revanche plus de 1.000 logements par an, et quelque 600 acteurs intermédiaires naviguent entre les deux. « Ce sont eux qui pourraient souffrir. A ce stade, ils ont déjà une structure avec des charges fixes qu'il faut parvenir à payer », analyse André Caron.

Pour s'adapter, les gros peuvent compter sur un marché national très divers avec la Bretagne ou le Languedoc en chute libre, en recul de 24 % et 30%, mais une région du Nord quasi stable. Le leader France Confort s'appuie sur une vingtaine d'entreprises, achetées dans toute la France comme MCA en Aquitaine ou Maisons de l'Avenir en Bretagne. Son concurrent Geoxia table sur ses marques comme Maisons Phenix et Maisons Familiales. Les deux géants coexistent souvent avec un acteur régional puissant comme Trecobat en Bretagne ou Babeau Seguin dans l'Est. Des régionaux qui cherchent à s'étendre et se démarquer en innovant. Comme Maisons Pierre qui s'adresse aux investisseurs avec des ensembles de deux maisons mitoyennes construites sur une seule dalle. « Nous devons nous rapprocher des centres-villes et nous inscrire dans la construction urbaine. Nous avons des atouts notamment des coûts bien inférieurs à ceux du collectif », affirme Didier-Paul Armand, de l'UMF Aquitaine et directeur général du petit groupe CGI. Ce dernier a décroché un contrat pour construire tout un petit quartier du Mans comprenant des maisons groupées et du petit habitat collectif.

D'autant que le regard sur la maison individuelle, longtemps vilipendée, change. « Les quartiers d'échoppes, ces petites maisons bordelaises, sont aussi denses que le quartier du Grand Parc, premier grand ensemble de Bordeaux », note Jean-Marc Offner, directeur de l'organisme d'études en matière d'aménagement et d'urbanisme A'Urba.

Franck NIEDERCORN, Les Echos, 05/11/2013

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