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Grande distribution : Carrefour veut passer à l'offensive

09.03.2014, source : Les Echos.fr

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Le distributeur Carrefour a redressé la rentabilité de ses activités. Son PDG, Georges Plassat, entend reprendre l'expansion en France et accélérer au Brésil.

En 2013, Carrefour a dégagé exactement le même résultat net qu'en 2012 : 1,26 milliard d'euros. Mais, derrière cette apparente stabilité, se cache une nette amélioration de la rentabilité du géant français de la distribution. En effet, il y a deux ans, le résultat net était très largement constitué du fruit des nombreuses cessions opérées à l'international. L'an passé, ce sont bien les activités poursuivies qui l'ont nourri, leur bénéfice net ayant été multiplié par 6, à 949 millions d'euros.

Globalement, Carrefour combine la reprise de la croissance de son activité et une hausse de sa rentabilité opérationnelle. Avec une dette maîtrisée, « dont la baisse n'est plus une priorité », selon le PDG, Georges Plassat. Une recette efficace qui a conduit Georges Plassat à adopter un ton offensif pour l'entreprise, au chevet de laquelle il a été appelé il y a dix-huit mois.

Le taux de résultat opérationnel courant (ROC) a gagné 0,2 point, à 3 %, à l'échelle du groupe, pour un chiffre d'affaires en hausse de 2,5 %, (hors essence), à 66,9 milliards d'euros. La France a connu en 2013 sa meilleure progression depuis 2007. Et l'Espagne, troisième pays du groupe derrière la France et le Brésil, est repassée dans le vert au quatrième trimestre pour la première fois depuis 2008. L'Amérique latine (Brésil et Argentine) a, elle, enregistré une nouvelle forte croissance, de 12,5 %.

Dans l'Hexagone, malgré l'investissement dans les prix, mais grâce à la maîtrise des coûts et au Crédit d'impôt compétitivité et emploi (Cice) d'un montant de 70 millions d'euros, le taux de ROC a gagné 0,8 point, à 3,4 %. Ce ratio s'est encore amélioré en Amérique latine, où il était déjà important (+ 0,2 point, à 4,5 % ).

Développer les formats de proximité

Fort de ces bons résultats, qui vont permettre de verser aux actionnaires un dividende de 0,62 euro, représentant 46 % du résultat net part du groupe (ajusté des exceptionnels), Georges Plassat passe d'une position défensive à une attitude offensive. « Le plan à trois ans est bien engagé », a-t-il affirmé, tout en suggérant qu'il se verrait bien poursuivre sa mission : « C'est à mon "board" de décider de la suite de ma mission, mais moi je me sens très bien », a-t-il déclaré devant les analystes. « En France, il faut relancer l'expansion », a ensuite précisé le PDG, qui entend développer encore ses formats de proximité et ne veut plus laisser les villes moyennes constituer la chasse gardée des indépendants Leclerc, Intermarché et U.

A l'international, Georges Plassat n'a pas caché qu'il entendait « pousser les feux au Brésil ». D'abord en ouvrant cette année 15 Atacadao, le format local de « cash and carry », puis, en 2015, en ouvrant le capital de la filiale locale à des investisseurs ou en l'introduisant en Bourse. « Nous n'avons pas de problème de financement, explique le PDG de Carrefour. Mais nous avons besoin d'un ancrage local pour mieux coller aux évolutions de la consommation, mais aussi aux évolutions légales et réglementaires. »

L'offensive, qui portera autant sur les hypers que sur les « cash and carry » et les supermarchés de proximité, vise clairement GPA, la filiale locale de Casino, leader du marché. « Si l'on ne prend pas en compte l'électrodomestique, Carrefour Brésil est déjà aussi rentable que GPA », a déclaré Georges Plassat début mars, devant les analystes.

Autre marque du changement de ton au sein du groupe : la volonté de Carrefour de participer à la concentration du marché italien, où la filiale locale ne redeviendra pas rentable avant trois ans.

Seul bémol, dans le discours du volubile dirigeant : la Chine. En Asie, les ventes n'ont progressé que de 1 % à change courant, malgré une baisse de 0,8 point de la marge opérationnelle (2 % ). Georges Plassat a reconnu que les premières implantations d'hypers (20 ouvertures au total en 2013) avaient été des échecs pour des raisons logistiques. « La Chine est en train de construire un marché intérieur. Il ne faut pas y être impatient. Je crois à la viabilité, là-bas, du concept d'hyper, de bonne taille et bien placé », a estimé le PDG de Carrefour.

Philippe BERTRAND, Les Echos, 06/03/2014

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