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Google suscite l'inquiétude dans le monde du voyage et du transport

14.10.2012, source : Les Echos.fr

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Les présidents de la SNCF et de Voyageurs du Monde ont alerté le gouvernement de la menace que constituerait la montée en puissance du géant de la recherche sur Internet dans le monde du voyage et du transport.

Déjà amorcée aux Etats-Unis, la montée en puissance de Google dans l’univers du voyage inquiète de ce côté-ci de l’Atlantique alors qu’elle n’est pas encore tangible. Signe des temps, le président de la SNCF, Guillaume Pepy, le directeur général de son agence de voyages en ligne Voyages-sncf.com, Yves Tyrode, ainsi que le PDG du groupe Voyageurs du Monde, Jean-François Rial, ont rencontré hier la ministre de l’Economie numérique, Fleur Pellerin, pour l’en alerter.

Cette rencontre faisait suite à une tribune que Guillaume Pepy et Jean-François Rial ont fait paraître en septembre dernier dans « Le Monde », et dans laquelle ils pointaient tout autant « la dangereuse hégémonie » d’autres « géants du Net » ou des télécommunications comme Apple. Les opérateurs de voyages redoutent tout particulièrement un « tsunami économique » dans le monde du transport et du tourisme avec la mise en place de nouveaux modèles dominants, réunissant plates-formes électroniques, système de paiement, contenus, voire appareils dans le cas d’Apple.

La menace est déjà perceptible du côté de Google. Le géant de la recherche sur Internet, qui détient une part de marché de plus de 90 % en France et dans d’autres pays européens, s’est non seulement doté d’un comparateur d’offres aériennes, Google Flights, mais développe aussi son équivalent pour l’hôtellerie avec Google Hotel Finder. Et il a commencé à accumuler du contenu éditorial à la faveur des rachats, aux Etats-Unis, du guide de restaurants « Zagat » puis, en août dernier, du guide de voyages « Frommer’s ». En substance, Google est en train de se placer sur l’ensemble de la chaîne de valeur du voyage, et in fine, de capter le consommateur. Or, comme le relève notamment le PDG du groupe Transat France (Look Voyages, Vacances Transat, Amplitravel), Patrice Caradec, « le Web est de plus en plus coûteux. L’hégémonie de Google est un problème ».

« Conflit d’intérêts »

Au vu de cette évolution, son modèle économique serait, aux dires des professionnels du voyage, tout autre. « Il y a un vrai problème de conflit d’intérêts entre l’activité originelle de recherche de Google qui fonctionne déjà sur une rémunération au référencement, et des services commerciaux autour de la recherche. C’est très clairement un sujet qui relève des autorités européennes », observe, à ce titre, un voyagiste soucieux de son anonymat...

« C’est comme ci vous n’aviez plus qu’une seule station-service », résume, de son côté, Frédéric Vanhoutte, le président de l’association professionnelle Level...com, qui regroupe l’essentiel des acteurs français de la vente de voyages en ligne. Selon ce dernier, les professionnels du voyage doivent notamment « travailler impérativement leur marque et leur base de clientèle », mais aussi « investir dans la technologie ». Concernant les tour-opérateurs, ils ajoutent la nécessité d’une distribution diversifiée.

Christophe PALIERSE, Les Echos, 10/10/2012

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