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Génération Y : les employeurs face au défi des jeunes

08.06.2011, source : Les Echos.fr

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L'un et l'autre ont un regard bleu, un diplôme de l'ECSP Europe et un CV où s'égrènent les postes à responsabilité... à vingt-sept ans d'écart. Le premier, le père, est consultant. A cinquante-six ans, Emmanuel Le Portz a gravi les échelons de groupes internationaux, jusqu'à devenir directeur commercial Europe chez Unilever en Hollande puis patron de division chez Rentokil Initial. « Je suis rentré dans un grand groupe pour y faire carrière  », raconte-t-il. Un discours insolite pour son fils, Alexis, issu de la fameuse « génération Y  ». A vingt-neuf ans, il vient de cofonder la start-up Clubdeal. Outre la création d'une autre jeune pousse, il a déjà travaillé pour 3 employeurs, y compris à Londres.

Loin de l'univers capitonné des grands groupes, Alexis n'a pas toujours de bureau, mais exploite les outils d'Internet pour travailler avec des collaborateurs éparpillés dans le monde : Skype, Wiki, chat... « Je n'avais jamais vu cela, lui ne voit pas comment on peut travailler autrement  », confie Emmanuel Le Portz dans l'ouvrage « Les Jeunes et l'Entreprise  », écrit à quatre mains avec Alexis (éditions Le Manuscript).


Le salariat ne fait plus rêver

Dérouté ? Il n'est pas le seul. A l'heure où les entreprises fourbissent à nouveau leurs armes pour recruter de jeunes diplômés, ces derniers bousculent leurs habitudes. Et si les jeunes ont de tout temps désorienté leurs aînés, il semble qu'au sortir de la crise de 2008, le fossé avec l'entreprise traditionnelle se soit creusé. Promesse du chômage, stages à répétition, crise financière... des ruptures successives ont brisé les espoirs de parcours linéaires. « Sur les bancs de l'école, on nous assurait que notre diplôme serait un gage de sécurité. Cette réalité n'est plus là. Dans l'entreprise, il y aura toujours un plan social, un remaniement, un changement, qu'elle soit prospère ou pas  », affirme Alexis Le Portz.

De quoi désarçonner les employeurs, car ces cassures ont emporté dans leur sillage la perception du salariat comme un havre de paix. « La plupart des jeunes de ma promotion veulent passer dans un grand groupe, histoire de s'en servir comme d'un tremplin pour leur carrière, poursuit Alexis Le Portz. Mais aucun ne rêve d'être salarié. Beaucoup souhaitent se lancer dans l'entrepreunariat. D'autant qu'aujourd'hui on peut devenir entrepreneur à moindre coût.  » Du coup, leur rapport au risque est osé : « Nous assistons à des prises de risque extraordinaires, de la part de jeunes diplômés qui lâchent tout pour partir outre-Atlantique, par exemple  », observe Danièle Quantin, DRH pour la R&D monde d'ArcelorMittal.

Mais, surtout, ce contexte bouleverse leur rapport au temps. « Nos parents attendaient la retraite pour profiter de la vie, les jeunes, eux, savent que leur retraite est loin, indique Nathalie Choux, DRH de la SSII Micropole. Cela se traduit dans leurs comportements par une soif de profiter de la vie dans l'immédiat.  » Une urgence qui se retrouve dans leur carrière. « Il n'est pas rare que de jeunes embauchés estiment avoir fait le tour de leur job au bout de six mois. S'engage alors parfois un dialogue de sourds, car nous essayons de leur expliquer que quelques mois ne suffisent pas à connaître les rouages d'un métier  », raconte Danièle Quantin. Même constat chez PwC France. « Auparavant, il fallait trois ou quatre ans d'expérience pour accéder à des postes de management. Les générations précédentes acceptaient des tâches ingrates pour apprendre, raconte Anik Chaumartin, associée en charge des RH chez PricewaterhouseCoopers France. Les jeunes diplômés aspirent à un autre métier sans prendre le temps de consolider leurs acquis.  »

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