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Funéraire : l'éternité, un business dans l'air du temps

04.11.2012, source : Les Echos.fr

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Depuis sa libéralisation en 1993, le marché du funéraire, en bonne santé, n’a cessé de s’adapter aux nouvelles tendances sociologiques et économiques : de la demande pour la crémation à l’irruption des offres low cost, d’Internet et de la prévoyance.

Charlatan proposant des incinérations, concurrence sans merci et sans scrupules entre les entreprises de pompes funèbres, contacts désincarnés au téléphone avec un spécialiste des funérailles, cercueils pour animaux domestiques... Dans son long métrage « Adieu Berthe, l’enterrement de mémé », Bruno Podalydès livre une vision burlesque du monde du funéraire. Heureusement, il ne s’agit que d’un film ! Et en France, même au XXI e siècle, le culte des morts demeure très respecté... Pour s’en rendre compte, il suffit de jeter un oeil sur le nombre de chrysanthèmes vendus pendant les fêtes de la Toussaint. Plus de 12,3 millions en 2011, selon le rapport annuel de FranceAgriMer ! Fleurir les tombes est une des traditions les plus pérennes dans un petit monde du funéraire, qui par ailleurs évolue en permanence depuis vingt ans, pour s’adapter à l’air du temps.

En France, on ne peut pas faire ce qu’on veut avec ses défunts. Par souci de dignité - de sécurité et d’hygiène aussi -, l’organisation matérielle des obsèques est très réglementée. S’il est possible, dans certains Etats américains, d’« enterrer papy dans son champ » sans recourir à une entreprise de pompes funèbres, « ce qui est tendance », écrivait le « New York Times » en 2009, une telle pratique serait difficile à envisager dans l’Hexagone. Inhumation et incinération obéissent à des règles strictes. Pour être enterré dans son jardin, il faut que celui-ci soit situé en dehors d’une zone urbaine et à plus de 35 mètres d’autres habitations. Par ailleurs, la loi exige que les cercueils respectent des normes particulières (quatre poignées par exemple) et qu’un représentant de la police soit présent pour la fermeture du cercueil s’il est transporté d’une ville à une autre. En décembre 1998, un statut juridique a aussi été donné aux cendres humaines... pour éviter les querelles familiales ou que l’urne ne finisse dans une décharge publique. La loi interdit de les conserver chez soi ou de les disperser sur la voie publique. Enfin, l’accès à la profession est réglementé : pour devenir entrepreneur des pompes funèbres, il faut un feu vert du préfet. Et, à partir de janvier prochain, il sera en plus obligatoire de détenir un diplôme national.

C’est dans ce cadre que les opérateurs de services funéraires ont fleuri sur tout le territoire après la suppression par la loi Sueur du 8 janvier 1993 du monopole communal des pompes funèbres, attirant même les investisseurs financiers. Au cours des dix dernières années, près d’un millier de sociétés nouvelles sont ainsi arrivées sur le marché, dont de multiples PME familiales à l’ancrage local, et dotées d’un fonctionnement artisanal. Au total, plus de 3.000 entreprises organisent actuellement des obsèques dans l’Hexagone, selon la Confédération des professionnels du funéraire et de la marbrerie.

Cette galaxie est largement dominée par des acteurs privés, même si de nombreuses villes délèguent l’activité à des sociétés d’économie mixte ou à des régies communales. Elle intéresse les financiers attirés par un modèle économique pérenne et stable. Ainsi, le leader OGF (Pompes Funèbres Générales, Roblot) - qui revendique plus de 500 millions d’euros de revenus -est détenu par Astorg Partners, après avoir été dans le giron de l’américain SCI, lui aussi dans les pompes funèbres, puis du fonds Vestar. Jusqu’à cet été, le réseau de franchisés Roc-Eclerc, créé par Michel Leclerc (le frère d’Edouard), appartenait au fonds Argos Soditic, séduit par « le potentiel de croissance offert par le développement de services et la possibilité de réaliser des acquisitions ». En sept ans, le financier a doublé le nombre de magasins de l’enseigne, avant de la revendre à Daniel Abittan, le fondateur de la chaîne Grand Optical.

Les entreprises de services funéraires ont en effet pour elles un atout dont elles n’aiment d’ailleurs guère parler : même quand la crise économique sévit, elles gagnent de l’argent. Malgré l’austérité, les Français, touchés par un décès, sont prêts à délier les cordons de leur bourse pour rendre un dernier hommage à un proche. L’an dernier, ils ont dépensé dans l’organisation des funérailles 3 milliards d’euros, selon l’Insee, auxquels s’ajoutent l’achat de fleurs (870 millions d’euros selon FranceAgriMer), d’urnes funéraires pour les crémations, etc. Alors que le nombre de décès oscille bon an mal an entre 530.000 et 540.000, le chiffre d’affaires des sociétés de pompes funèbres a ainsi bondi de 20 % entre 2006 et 2011, toujours selon l’Insee. La raison ? Dans le funéraire, la libéralisation n’a paradoxalement pas fait baisser les prix. « Entre 1993 et 2011, ils ont augmenté deux fois et demi plus vite que l’inflation » relève François Michaud Nérard, directeur général des Services funéraires de la Ville de Paris. Selon un grand acteur du secteur, la hausse des coûts salariaux a en effet été répercutée dans les tarifs pratiqués par l’industrie, grosse employeuse de main-d’oeuvre avec au total près de 25.000 salariés, et « non délocalisable »...

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