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Face à la baisse du pouvoir d'achat, Leclerc repart au combat en faveur des prix bas

20.05.2013, source : Les Echos.fr

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L’enseigne a lancé un comparateur de prix de dimension locale. Tout en défendant la liberté de négociation avec les industriels.

Michel-Edouard Leclerc, que l’on pouvait penser assagi par le succès de son enseigne, reprend ses accents militants. Accroché à son ambition de devenir le premier distributeur français - « je pense que l’on y parviendra dès 2014, avec un an d’avance sur nos objectifs », prévoit-il -, le patron des Centres Leclerc a réaffirmé hier que le prix (bas) restait plus que jamais son principal axe stratégique.

« La société française nous réclame des prix bas », a-t-il asséné lors d’une conférence de presse organisée dans le magasin de Levallois, près de Paris. « L’Insee vient d’indiquer que le pouvoir d’achat avait baissé de 0,9 % en 2012. Selon notre indicateur Bipe, et en excluant les dépenses contraintes, la baisse a été supérieure à 2 % et sera identique en 2013 », a argumenté le patron de la coopérative de commerçants.

Dans ce contexte, il entend à la fois démontrer son avantage concurrentiel (d’environ 5 points par rapport à ses concurrents les plus proches) et lutter contre les velléités du gouvernement de revenir sur la liberté de négociation offerte aux distributeurs face à leurs fournisseurs par la Loi de modernisation de l’économie (LME).

A Levallois, il a présenté le nouvel instrument de communication de son leadership tarifaire : une borne équipée d’un scanner de code-barres et d’un iPad permettant aux clients de connaître la différence existant entre le prix Leclerc et celui pratiqué par les magasins concurrents situés dans la même zone de chalandise. L’exercice porte sur ce que les panélistes appellent les produits « majeurs », c’est-à-dire les produits alimentaires et de grande consommation de marques les plus achetés par les Français, soit un échantillon de 1.945 articles.

Sa propre base de données

Devant l’impossibilité légale de publier les résultats de l’indice Nielsen qui fait référence, Leclerc établit sa propre base de données. Pour ce faire, les services centraux du groupement compilent plusieurs relevés de prix : ceux effectués par leurs équipes au niveau national depuis la création, en 2006 du comparateur Internet Quiestlemoinscher. com ; ceux réalisés par chaque magasin dans sa zone de chalandise ; et, surtout, toutes les informations disponibles sur les sites Web des enseignes qui exploitent des drives, ces points de livraison des commandes effectuées sur Internet.

La borne ajoute une brique au dispositif de comparaison de prix de Leclerc, après le site Internet et l’application mobile développée en 2011 et y apporte une dimension locale, la plus importante, les enseignes établissant leurs prix localement.

Dans le même temps, à la veille de l’examen du projet de loi Hamon sur la consommation, qui ouvre la porte à l’indexation des prix sur les tarifs des matières premières, Michel-Edouard Leclerc mène une charge politique. Il a rencontré vendredi dernier le président de la République et son conseiller Emmanuel Macron pour éviter ce qui reviendrait, selon lui, « à donner une prime aux spéculateurs ». Quant au retour sur la négociabilité qui pourrait intervenir pendant la discussion, sous l’influence de la filière agroalimentaire, il affirme, solennel : « On ne nous fera pas remonter nos prix. » Et de fustiger « les gros industriels qui se cachent derrière les petits » pour tenter de faire passer la mesure.

Philippe BERTRAND, Les Echos, 17-18/05/2013

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