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Entreprises et changement climatique : les surprises de l'étude Vigeo-WWF

02.12.2009, source : Les Echos.fr

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Vigeo et le WWF sortent le premier bilan carbone complet de l'économie française. Surprise : la banque arrive en tête des secteurs responsables des émissions de gaz à effet de serre.

Les entreprises françaises les plus influentes sur l'effet de serre ne sont pas les cimentiers, les sidérurgistes ou les compagnies aériennes, mais… les banques et les assureurs. Et de loin. Tel est le résultat surprise d'un classement que dévoilent aujourd'hui l'agence de notation Vigeo et le WWF à quelques jours du sommet de Copenhague.

Dans une volonté de repérer les leviers de la lutte contre l'effet de serre, l'étude a réalisé un bilan carbone complet de chaque secteur en intégrant le « périmètre 3 », facultatif et très rarement pris en compte par les entreprises dans leurs bilans carbone. Ce périmètre intègre l'impact de l'activité en amont (fournisseurs) et en aval (utilisateurs) d'une entreprise, au-delà de son propre fonctionnement, pris en compte dans les deux premiers périmètres.

« Il est normal que les banques et les assurances représentent 3.680 millions de tonnes équivalent pétrole, elles portent le financement de l'économie française, mais elles ne prennent pas encore cet aspect dans leurs produits ou dans leurs décisions de financement », explique Julia Haake, directrice des partenariats au WWF. L'ONG cite l'exemple d'un projet de centrale au charbon polonaise qui n'a pas réussi à se faire financer auprès des banques polonaises, mais chez une banque française qui a accepté de soutenir ce gros émetteur de CO2. « C'est très bien que les banques construisent des agences HQE, mais c'est loin d'être suffisant », précise Olivier Guichardon au WWF.


Une liste des leviers de progrès

La grande distribution est l'autre secteur des services qui pèse lourd en termes de CO2, car il intègre les fortes émissions de l'agriculture, à l'origine des produits agroalimentaires vendus dans ses rayons. Dans l'industrie, l'aéronautique française pâtit de l'empreinte mondiale des clients d'Airbus, Dassault ou Eurocopter. L'aviation civile française, par comparaison, qui ne comprend qu'Air France et quelques petites compagnies, représente bien moins de CO2. « Cette approche permet de dépasser les limites de la comptabilité nationale du CO2 des grandes entreprises », insiste Fouad Benseddick chez Vigeo.

Dans une approche constructive, Vigeo et le WWF ont établi la liste des leviers d'action de chaque secteur. Réduction des torchages et abandon des pétroles non conventionnels dans le secteur pétrolier. Positionnement comme fournisseur de services dans l'automobile ou l'énergie. Développement de la chimie verte et blanche. Production d'aciers à hautes performances. Et d'autres pistes encore. « Les entreprises ne sont pas démunies face au changement climatique, des leviers de progrès existent, les sociétés les plus engagées en fournissent la preuve », relève Nicole Notat, présidente de Vigeo. Les auditeurs saluent les initiatives de plusieurs secteurs comme celui de l'énergie, qui investit dans les solutions alternatives, ou l'automobile qui a mis le cap sur la propulsion électrique. Dans la banque, plusieurs acteurs ont déjà pris le virage comme le Crédit Coopératif ou la Caisse d'Epargne qui étiquettent leurs produits financiers ou favorisent les investissements « verts ». Mais l'étude elle-même ne cite aucune entreprise en particulier pour ne stigmatiser personne, elle relativise aussi ses résultats chiffrés, obtenus parfois par extrapolation lorsque les données manquent. Dans quelques mois, le WWF et Vigeo promettent toutefois un second volet qui classera cette fois chaque émetteur du SBF 120.

MATTHIEU QUIRET, Les Echos, 01.12.2009

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