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Entreprise : le crédit aux PME peine encore à attirer les assureurs

26.04.2012, source : Les Echos.fr

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Les projets des assureurs ne visent pas encore les PME. Presque toutes les plates-formes de crédit alternatives pour les petites entreprises ont dû fermer avec la crise.

Financer en direct les PME, les assureurs l’envisagent encore avec prudence en France. AXA cible pour l’heure les grands groupes même s’il ne l’exclut pas à l’avenir. Groupama Asset Management a annoncé jeudi dernier le lancement d’un véhicule d’investissement pour des prêts d’acquisition d’immobilier commercial. Dans un second temps seulement, il pourra se dédier aux entreprises, d’abord en LBO.

Les vrais projets de plates-formes de prêts aux PME cherchent pourtant à convaincre les assureurs. « Nous sommes extrêmement sollicités par les banques via des gestionnaires d’actifs pour investir dans leur portefeuille de prêts, ainsi que par les plates-formes de prêts aux PME. Dans l’absolu, nous sommes intéressés », explique Roger Bonne, directeur de la gestion de taux chez AG2R La mondiale. Mais en tant qu’assureur, nous n’avons aucun historique de crédit. Nous ne sommes pas structurés pour auditer les PME. Nous avons besoin de tiers de confiance indépendants et cela prendra du temps. »

En février, Accola, Investeam, MiddleNext et Portzamparc Gestion ont lancé Micado France 2018, un fonds commun de placement qui regroupera les emprunts obligataires de plusieurs PME souscrits par des investisseurs professionnels. Les entreprises Manitou, Avanquest Software et Touax se sont déclarées intéressées par le projet, encore au stade de rassembler les souscripteurs. Spécialiste de longue date de la titrisation aux PME (transformation de crédits en produits de marché), GTI projette aussi de lancer un nouveau véhicule en s’adressant principalement aux assureurs et aux gestionnaires de retraite.


Retard notable en France

Pionnier de ces véhicules en 1961, et depuis 1997 via la titrisation, le GIAC a finalisé l’investissement d’une première tranche de 80 millions d’euros de son septième véhicule et doit procéder à un premier débouclage des fonds. Magali Bregeard, directrice d’investissement du groupement, qui accorde des prêts à dix ans, reconnaît que «depuis dix-huit mois, les fonds sont difficiles à lever auprès des investisseurs, compte tenu de la situation économique ». Et ce, malgré les appuis de longue date de CDC Entreprises et d’Oséo et en 2010 du ministère des Finances. Or, la France accuse un retard notable par rapport à ses voisins allemands et espagnols, soutenus, eux, par un engagement direct de l’Etat (la banque publique KFW en Allemagne et la garantie du trésor public en Espagne), ainsi que le notait un rapport en 2009 de la Chambre de commerce de Paris sur les financements alternatifs aux PME.


La crise a tué dans l’oeuf les initiatives. Le GIAC est un rescapé. Les deux autres plates-formes lancées en 2007 n’ont pas survécu, emportées par la défiance des investisseurs envers la titrisation et les défaillances de crédits aux entreprises. Horizon PME, un fonds de titrisation lancé par Natixis, a fermé ses portes. Alors que la banque se chargeait de la distribution, la plate-forme a financé deux PME, dont l’une a déposé le bilan. Même chose pour Securit Ease de SNB Finances. La plate-forme, qui affichait en 2009 plus de 650 millions d’euros de financements accordés, s’est arrêtée un an plus tard.

Les observateurs se disent plus confiants. Malgré la difficulté d’approche, Roger Bonne estime qu’ « avec Bâle III, le financement alternatif assuré par les assureurs est une tendance lourde. Les banques sont contraintes d’alléger leurs bilans ». Le GIAC sent également un début d’inversion de tendance, alors qu’il tente pour sa deuxième tranche de 80 millions d’euros de convaincre des assureurs-vie. « Quand nous les avions sollicités, c’était un peu trop tôt. La situation semble se débloquer ». Reste à savoir si l’Etat, après les élections, prendra le sujet à bras le corps.


Anne DRIF, Les Echos, le 23/04/2012

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