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Entrepreneuriat : l'environnement, nouvel eldorado pour la création d'entreprise

22.11.2011, source : Les Echos.fr

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Le « green business » a décollé, notamment dans le recyclage, la dépollution et dans des niches à fort potentiel, comme la chimie verte.

S’il est un marché qui ne connaît pas de répit, en termes d’activité, c’est celui de l’environnement. En pleine crise du « subprime », il continuait de créer de l’emploi en France, quand tous les autres secteurs en supprimaient. Aujourd’hui, alors que le problème des dettes souveraines fragilise de nouveau l’économie, la dynamique reste intacte. Consommateurs, responsables politiques, institutions internationales - voire entreprises - tout le monde ou presque reconnaît qu’il faut changer nos modes de vie, préserver les ressources et produire durablement. D’après le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE), la tendance est solide. Ses experts estiment que « la croissance du marché mondial des produits et services environnementaux devrait s’accélérer et plus que doubler pour passer de 1.400 milliards d’euros en 2007 à 3.100 milliards d’euros en 2020 ».


Bien choisir son créneau

Bien sûr, comme sur tous les autres marchés, l’équation économique reste fragile. Les partisans du photovoltaïque, dont la fiscalité avantageuse a été récemment remise en question - ce qui a mis un coup d’arrêt au boum de la filière -, le savent bien. Raison de plus pour choisir son créneau avec soin. Celui du recyclage semble tout indiqué. Il recèle un fort potentiel, en particulier sur « les niches qui vont bénéficier d’un renforcement des contraintes réglementaires », souligne Bernard Maître, président du directoire d’Emertec, un fonds spécialisé dans les « clean techs ».


L’entreprise Recyc Matelas Europe, située à Colombes, en Ile-de-France, a opté pour ce positionnement. En misant sur une matière première disponible en abondance, nos vieux matelas, pour lesquels toute la filière de recyclage restait à inventer. « Nous avons mis au point un procédé qui permet de valoriser 95 % des matières », explique Jéremy Settbon, le PDG. Le marché est énorme. Chaque année, 5 millions de matelas partent à l’enfouissement. Pour l’heure, l’entreprise traite 10.000 pièces par mois. Mais elle ronge son frein, car elle pourrait en absorber plus du double. Les choses n’avancent pas aussi vite que prévu. La filière de collecte, que les industriels du secteur s’étaient engagés à mettre en place début 2011, ne sera opérationnelle qu’en 2012.

Autre créneau porteur, celui de la dépollution. En trois ans, de 2005 à 2008, le chiffre d’affaires généré par cette activité a doublé, pour atteindre 626 millions d’euros, selon l’Ademe. Phytorestore, une PME parisienne spécialisée dans la dépollution des eaux, des sols et de l’air via un procédé utilisant les propriétés filtrantes des plantes, a jeté son dévolu sur ce marché. « La demande se développe, du côté des industriels bien sûr, mais aussi des collectivités, du fait notamment du développement des écoquartiers », se réjouit Thierry Jacquet, le PDG de l’entreprise. De 2008 à 2010, son chiffre d’affaires est passé de 2,5 à 4,5 millions d’euros.


Expertise scientifique

Il faut dire qu’elle dispose d’une solide expertise. « On a réalisé un gros travail d’expérimentation en amont, validé sur des sites pilotes, avant de commercialiser nos procédés », rappelle le dirigeant, qui a investi depuis le démarrage en 2004, 3 millions d’euros en R&D.


L’expertise scientifique, c’est aussi le fer de lance de la jeune société Eviagenics, une start-up de 10 salariés positionnée sur le marché prometteur de la chimie verte. Un eldorado qui suscite l’intérêt de nombreuses biotechs, mais aussi des acteurs de l’industrie pharmaceutique et chimique, dont la production est aujourd’hui en grande partie basée sur le pétrole. « Nous avons mis au point une technologie qui permet, en combinant les propriétés de certaines enzymes, de synthétiser à partir de matières naturelles et végétales des produits jusqu’alors réalisés à base de pétrole », explique Rudy Pandjaitan, le PDG. Après douze mois de recherches, il s’apprête à commercialiser cette technologie auprès de l’industrie chimique. Il attend la prochaine flambée du baril de pied ferme.


Thibault BERTRAND, Les Echos, 16/11/2011

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