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En France, l'activité menace de se contracter en fin d'année

02.10.2011, source : Les Echos.fr

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Les indicateurs de confiance des chefs d'entreprise et des ménages se dégradent plus vite que prévu, ce qui pourrait peser sur l'investissement et la consommation.

Les indicateurs de confiance des chefs d'entreprise et des ménages se dégradent plus vite que prévu, ce qui pourrait peser sur l'investissement et la consommation.


« Le doute n’est plus permis sur la sévérité du ralentissement économique.  » Comme bon nombre de ses confrères, Benoît Heitz, responsable des prévisions économiques à la Société Générale, a été surpris vendredi par l’ampleur de la dégradation du moral des chefs d’entreprise français au cours de l’été. Les enquêtes de conjoncture publiées par l’Insee font état d’une très nette détérioration du climat des affaires. L’indicateur de l’Insee a perdu 8 points en septembre par rapport à juillet (il n’y a pas d’enquêtes en août) pour revenir à son niveau du printemps 2010 et retomber sous sa moyenne de longue période.

Industrie, services, commerce de gros ou de détail, tous ces secteurs confirment une dégradation marquée de la conjoncture au cours des trois derniers mois et un repli des perspectives d’activité. Pour l’heure, seul le bâtiment fait preuve de résistance. « Mais quand on regarde les mises en chantier, on se demande combien de temps cela peut durer...  », ajoute Benoît Heitz. Et l’inquiétude grandit également du côté des ménages, l’indicateur synthétisant leur moral revenant à son niveau de février 2009.


« Accumulation de facteurs  »

« La pente est raide et on ne voit pas bien ce qui va permettre de l’infléchir  », indique Denis Ferrand, directeur général de COE-Rexecode. « Historiquement, de tels revirements dans le niveau de confiance ont entraîné au moins un trimestre de croissance négative  », notent les économistes d’Exane BNP Paribas, prévoyant désormais un recul du PIB de 0,2 % au quatrième trimestre. Stricto sensu, une récession est une diminution du PIB durant deux trimestres consécutifs.

Considérées comme de bons indicateurs avancés de l’évolution du PIB, les enquêtes de l’Insee auprès des chefs d’entreprise comme celles de Markit auprès des directeurs d’achats laissent envisager une fin d’année sur le fil du rasoir. « Tous les signaux indiquent qu’il y a actuellement un ralentissement très marqué de l’activité, indique Sandrine Duchène, chef du département de la conjoncture à l’Insee. Cela veut dire une croissance faible d’ici à la fin de l’année, avec une incertitude très forte sur le quatrième trimestre.  »

L’Insee dévoilera le 6 octobre prochain ses nouvelles prévisions pour le deuxième semestre. Une chose est sûre, le diagnostic n’aura plus grand-chose à voir avec celui d’avant l’été (l’institut tablait alors sur 0,5 % de croissance aux troisième et quatrième trimestres). « Jusqu’en juin, nous étions dans un scénario de reprise modérée qui, en dépit d’à-coups au printemps (choc pétrolier, contrecoup de la prime à la casse, séisme au Japon), ne changeait pas une dynamique de croissance portée par la hausse de l’investissement et de l’emploi, rappelle Sandrine Duchène. Mais, depuis, il y a eu une accumulation de facteurs négatifs, avec un ralentissement plus marqué en Asie, une économie américaine moins dynamique que prévu et, surtout, un choc d’incertitude dans la zone euro lié à la crise de la dette. Tous ces phénomènes entrent en résonance, peuvent conduire à modifier les anticipations et donc avoir un impact sur l’économie réelle en changeant sensiblement la trajectoire de croissance.  »


« Situation d’attente  »

Le consensus des économistes a d’ailleurs violemment abaissé ses prévisions à la sortie de l’été, tablant sur une croissance de 1,7 % cette année et de seulement 1,2 % en 2012. Et le risque est clairement à la baisse. Exane et Bank of America-Merrill Lynch estiment désormais tous deux que la croissance ne devrait pas dépasser 1 % l’an prochain (ils tablaient sur 1,3 % et 1,7 % respectivement il y a encore une semaine). « Les difficultés à mettre en oeuvre une réponse politique définitive à la crise et la pression croissante des marchés sur les banques françaises pèsent sur la confiance des ménages et des entreprises  », explique Laurence Boone, chef économiste de la banque américaine. « Mais, à la différence de 2008, nous avons corrigé les excès de crédit sur la consommation et les investissements, ce qui signifie que les entreprises et les ménages vont se mettre en situation d’attente sans pour autant couper drastiquement dans leurs dépenses  », poursuit l’économiste, pour qui « il faudrait un autre choc pour entrer en récession.  »


Frédéric SCHAEFFER, Les Echos, 26/09/2011

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